mercredi 30 avril 2008

Grillot de Givry, l'alchimie spirituelle



NICHOLAS Valois l’alchimiste, a dit : " La Science des Philosophes est la connoissance de la puissance universelle des choses. "

Dans la nuit obscure de ton âme, tu as parfois aspiré, mon Disciple, à une Lumière incommensurable qui viendrait, en un jour lointain et indéfini, illuminer ta détresse.

Tu as rêvé, vision confuse, d’allégresses, d’harmonies surhumaines, d’omniscience, de puissance illimitée.

Tu as pressenti - après les ténèbres et la morne tristesse du chaos où, confusément, tu te débats - de la splendeur.

Et voici que la ligne d’horizon de ta vie s’empourpre, et te laisse entrevoir quelque chose de meilleur et de plus parfait.

La synthèse de l'alchimie que nous donne Grillot de Givry par cette citation de NICHOLAS Valois, est une indication infiniment précieuse sur ce que doit comporter notre patrimoine de Connaissances. Les Philosophes,ne sont pas ici, la désignation des philosophes intellectuels, mais bien des Philosophes spirituels qui se doivent de posséder une Science, et pas n'importe laquelle, mais celle qui a pour objet la Connaissance de la puissance universelle des choses ; Il aurait d'ailleurs pu être écrit : la Connaissance de la Puissance universelle qui est à l'origine de toutes choses. La Science des Philosophes est, à l'inverse de la science physique, celle qui englobe la physique et la métaphysique, la Foi et la Raison, le visible et l'invisible, le fini et l'infini, le mortel et l'immortel. Cette Science des Philosophes spirituels est donc bien la Science Hermétique par excellence, et pas autre chose.

Je rappelle encore une fois, tant la chose me paraît utile et importante, que lorsque Grillot de Givry s'adresse à son disciple, ce dernier n'est personne d'autre que le lecteur de ce texte sur le Grand Oeuvre. Donc, ce disciple pour être en mesure de recevoir la Lumière incommensurable venant d'un lointain indéfini, doit avoir eu avant, son âme (conscience) plongée dans l'obscurité (ignorance), et avoir atteint un niveau de détresse tel, qu'il provoque le désir, l'aspiration volontaire de sortir de cet état d'inconscience et d'ignorance afin de recouvrir la vue de la Lumière, qui n'est rien d'autre que la Connaissance des manifestations multiples de la Puissance Universelle.

Dans ces deux premières phrases de l'extrait qui sert d'étude au présent article, Grillot de Givry enseigne littéralement le processus alchimique auquel va devoir faire face son disciple. La Connaissance, comme j'ai souvent eu l'occasion de le dire tout au long de mes articles dans l'académie d'Hermès Trismégiste est la transformation concomitante de l'argile et du potier ; l'action de ce dernier sur la matière qu'il façonne induira une réaction de cette matière ainsi qu'une adaptation des gestes du modeleur, en réponse à cette réaction. Grillot de Givry, fort subtilement laisse clairement entendre que la Lumière incommensurable ne vient illuminer la détresse du disciple qu'à la condition que ce dernier se soit mis en état, par son aspiration et la manifestation de sa faculté volitive, de la recevoir. La Lumière (connaissance) est là, ici, maintenant et toujours. Les ténèbres (ignorance) aussi, à l'âme de se mouvoir dans l'une ou l'autre direction. Une sentence de Lao-Tseu dit:

Le Sage est le maître de celui qui ne l'est pas et ce dernier est la matière sur laquelle il agit.

La lecture, de cette sentence dans le sens Parlant, pourrait laisser entendre qu'il y a un sage d'un côté et un abruti de l'autre, mais dans le sens Cachant, le sage et celui qui ne l'est pas, sont en réalité une seule et même Conscience. Le sage n'est pas celui qui est totalement vertueux et sans ignorance, cette chimère n'existe nulle part dans l'univers, même les dieux ont leur côté démoniaque ; comme le dit l'adage célèbre : Démon est Deus inversus... Ceci rejoint parfaitement la citation que Grillot de Givry en exergue de ce sujet de l'art, concernant la Science des Philosophes. La Connaissance de la puissance universelle des choses, commence par la connaissance de celle qui anime la chose et est propre à notre ipséité. Là encore, nous pouvons noter le parallèle qu'il y a entre ce qui précède et le fameux truisme du Temple de Delphes :

Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les Dieux.

Prétendre aspirer à la Lumière incommensurable, sans être capable de commencer par activer sa petite lumière intérieure, est une voie de perdition assurée. D’autant que le Principe du libre arbitre implique que rien de ce qui provient de la Divine Providence ne soit imposé, mais que nous devons faire le choix volontaire d’en recevoir les Lumières par un constant effort d’élargissement de notre champ de Connaissances.

Tu as rêvé, vision confuse, d’allégresses, d’harmonies surhumaines, d’omniscience, de puissance illimitées.... Notons la subtile et cohérente définition que l'auteur fait du rêve comme étant une vision confuse. La vision du rêve, est celle des élucubrations d'un inconscient livré à lui-même et qui ne repose que sur une faible base de raison, de connaissance et une absence de volonté qui en dirigerait le cheminement. Il permet de percevoir, d'une façon très déformée et dénaturée, les harmonies surhumaines (supérieures à la nature humaine) sous forme de chimères grotesques et appauvries, ce qui réduit considérablement la perception intuitive de l'omniscience de puissances illimitées. La belle figure de l'ange, dans la vision du rêve, se transforme soit en caricature burlesque, soit en horrible gargouille.

Tu as pressenti - après les ténèbres et la morne tristesse du chaos où, confusément, tu te débats - de la splendeur.... Ici l'évolution est manifeste, du rêve à la vision déformante, nous passons à un état de prescience qui fait appel à l’une des plus importantes fonctions des sens spirituels supérieurs, je veux parler de l'Intuition qui s'exerce dans le cadre d'une méditation. À l'inverse du rêve, qui n'est que délire et hallucinations hors de la volonté et de la raison, l'intuition méditative est une fonction ayant deux polarités contraires que sont la Foi et la Raison ; la Conscience parvenant à l'analogie de ces contraires, activera cette faculté intuitive qui sera proportionnelle au niveau de Connaissance de cette Conscience dont la part la plus importante figurera dans le patrimoine karmique. Après avoir fait l'expérience douloureuse (morne et triste) du chaos de l'inconscient et de la confusion de l'ignorance qui ne permet pas de discernements subtils, la lutte (activation de la faculté volitive) que livrera l'âme-de-vie pour sortir de ce chaos ne lui permettra pas pour autant de percevoir directement une Lumière incommensurable, ce qui serait le plus sûr moyen de provoquer son aveuglement, mais elle ouvrira progressivement sa clairvoyance (troisième oeil) à la puissance universelle des choses, par le truchement de la prescience, ce sas d'acclimatation à la Splendeur à venir. La progression qu'indique Grillot de Givry, outre qu'elle est conforme à ce que Platon indique dans l'histoire de sa caverne, est d'une élégance indiscutable par sa simplicité et sa précision.

Et voici que la ligne d’horizon de ta vie s’empourpre, et te laisse entrevoir quelque chose de meilleur et de plus parfait.... Après avoir franchi les étapes précédentes, voilà à quoi doit s'attendre le disciple. Il découvre, avec les premiers halos de Lumières pressenties, que la vie a non seulement un sens, mais qu'il ne s'agit pas de n'importe quel sens, mais du seul et véritable sens qu'il convient de donner à sa vie. À ceux qui prétendent qu'il puisse y avoir une multitude de voies possibles, je n'hésite pas à leur affirmer qu'en vérité il n'y en a qu'une, comportant seulement deux directions : la première l'involution et la deuxième l'évolution. En dehors de ces deux directions de la même et unique voie qu'est l'épreuve de la Conscience, il n'y en a pas d'autre. Donc, après avoir emprunté la voie des ténèbres de l'ignorance et du chaos, le disciple qui s'attelle à la réalisation du Grand Oeuvre, n'a pas d'autre possibilité que de se tourner vers l'évolution, comme l'indique les Noces Chimiques de CHRISTIAN ROSENCREUTZ. Tout ceci est aussi parfaitement en conformité avec les Enseignements des Tables de la Loi du Sépher de Moïse, et de son Zodiaque sacré, qui veulent qu'après avoir atteint le nadir de l'involution, commence la lente remontée vers le zénith de l'évolution. Lorsqu'au fin fond de la plus profonde obscurité, on perçoit un minuscule rayon de lumière, sa manifestation permet de transmuter sur le champ le désespoir en espoir, la détresse en allégresse, et ce minuscule et lointain point de lumière laisse forcément entrevoir des perspectives enthousiasmantes qui viendront nourrir la faculté intuitive, la Foi et la Raison. Nous retrouvons dans l'épopée de la Pistis Sophia, texte des gnostiques, le pèlerinage de la Conscience entre les ténèbres de l'ignorance et la Lumière salvatrice et rédemptrice qui vient à l'aide de la Pistis Sophia lorsqu'elle se met à la solliciter. Notons au passage que Pistis Sophia signifie Foi Sagesse.

Parvenir à entrevoir quelque chose de meilleur et de plus parfait, va demander de la part du disciple, la pratique de la plus importante de toutes les vertus : l'Humilité. Sans cette vertu comment croire ou imaginer que l'être humain n'est pas le sommet de la création, comme le laissent entendre si témérairement ceux qui se targuent de savoir... Il faut une grande humilité pour accepter que dans notre complexion très ordinaire, l'être humain soit si proche de l'animal qu'il n'y a pas grand-chose pour le distinguer, si ce n'est sa capacité à s'élever spirituellement. Il faut une plus grande humilité pour regarder en face l'insignifiance que procurent ses sens organiques par un développement intellectuel raisonneur, en comparaison de la splendeur de l'Intelligence lumineuse et créatrice de l'universel. Il faut beaucoup d'humilité pour admettre que ce que nous prenons pour du savoir n'est qu'un tissu d'ignorances où la bêtise le dispute trop souvent à la vanité; où le paraître dérisoire et éphémère veut à tout prix dominer l'être essentiel et éternel. Il faut infiniment d'humilité pour accepter le fait que l'intelligence humaine, quel que soit son développement et son niveau ne servira à rien d'autre de vraiment grandiose qu'à être capable de recevoir l'Intelligence universelle. Il faudra encore une bonne dose d'humilité pour parvenir à cesser d'avoir la vanité de croire que l'être humain, qui n'est créateur de rien, a le plus minuscule pouvoir pour changer l'ordre souverain des choses.

L'âme-de-vie pour entrevoir, a besoin de grandir, et il n'y a pas de grandeur sans humilité, voilà qui ne va pas rendre la pratique de l'oeuvrant bien commode...



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1 commentaire:

Cristale a dit…

"il n'y a pas de grandeur sans humilité, voilà qui ne va pas rendre la pratique de l'oeuvrant bien commode..."

Orgueil versus humilité...

"Sans cette vertu comment croire ou imaginer que l'être humain n'est pas le sommet de la création, comme le laissent entendre si témérairement ceux qui se targuent de savoir... "

Aspirer à la Lumière, rêver confusément, pressentir la splendeur, pour en synthèse entrevoir encore mieux et plus que parfait...

Etre en mesure d'envisager l'être humain sommet de sophistication en dépassement de soi, c'est prendre garde aux croisements de genre...

la transformation concomitante de l'argile et du potier ; l'action de ce dernier sur la matière qu'il façonne induira une réaction de cette matière ainsi qu'une adaptation des gestes du modeleur ;-)