mercredi 16 avril 2008

Travaux Pratiques 2.


Petit sentier de probation.


La Connaissance est le savoir éprouvé. Au fil des articles de l’académie d’Hermès Trismégiste je m’efforce d’ouvrir les livres de la Science Hermétique et de son langage analogique qui est celui qui fait le plus appel aux facultés supérieures. Par mes petits commentaires, j’espère vous donner quelques outils qui en facilitent la pratique et la compréhension. Le meilleur moyen de mesurer vos progrès est encore de mettre vos acquis à l’épreuve par une pratique régulière. Dans ce dessein je vous propose une série de petits travaux pratiques basés sur l’un des textes de la grande tradition hermétique occidentale, le plus connu du plus grand nombre, et pourtant le plus mal compris, je veux parler de la Divine Comédie de Dante Alighieri, traduction de Rivarol.


Je soumets chaque extrait à votre méditation et à votre capacité à en pénétrer les Sens Parlant, Signifiant et Cachant. Libre à vous de nous faire partager par vos commentaires, l’interprétation que vous en faites. Ceux qui feront l’effort de ce partage, seront nécessairement sur le sentier de probation, celui qui consiste à soumettre courageusement ses connaissances à l’épreuve. Ils s’apercevront aussi rapidement qu’en acceptant cet exercice régulier, ils progresseront dans la maîtrise du langage analogique, s’ouvrant par la même de nouvelles perspectives spirituelles.


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L’enfer de Dante : Chant I. Suite 2.

Je ne sais plus comment je m'y suis engagé,
car j'étais engourdi par un pesant sommeil,
lorsque je m'écartai du sentier véritable.

Je sais que j'ai gagné le pied d'une colline
à laquelle semblait aboutir ce vallon
dont l'aspect remplissait mon âme de terreur,

et, regardant en haut, j'avais vu que sa pente
resplendissait déjà sous les rayons de l'astre
qui montre en tout endroit la route au voyageur ;

et je sentis alors s'apaiser la tempête
qui n'avait pas eu cesse aux abîmes du cœur
pendant l'horrible nuit que j'avais traversée.



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8 commentaires:

OseKa a dit…

"Je ne sais plus comment je m'y suis engagé,
car j'étais engourdi par un pesant sommeil,
lorsque je m'écartai du sentier véritable"...
Comment se rappeler de cet état d'amnésie dans lequel se trouve plongé notre voyageur intérieur alors qu'il sombre dans le plus profond des sommeils, je veux dire l'état même de l'ignorante berceuse du temps qui s'égrenne dans l'inconscience la plus complète... balancé au grè de la maîtresse du destin "l'opinion"...


"Je sais que j'ai gagné le pied d'une colline"...
Le chemin de l'évolution, de la connaissance ressemble à cette montagne qui nous coupe le souffle durant notre progression, qui demande force et persévérance alors que notre vision se limite de virage en virage, à l'ignorance la plus complète du chemin restant à parcourir, alors que les glissements de pierres nous obligent à l'abri, et bien souvent nous stoppent voire nous font revenir sur nos pas...

"à laquelle semblait aboutir ce vallon
dont l'aspect remplissait mon âme de terreur"...
La terreur de l'ignorance, de l'agressivité qui fait suite à la peur... pour tenter de la masquer plutôt que de l'affronter dans la foi, l'espérance et la charité...

"et, regardant en haut, j'avais vu que sa pente
resplendissait déjà sous les rayons de l'astre
qui montre en tout endroit la route au voyageur"...
Seul ? Jamais seul...
De cet astre si différent qu'il y a d'hommes sur la terre... à chacun "autant que faire se peut"... de sa petite ou grande richesse d'espérance...

"et je sentis alors s'apaiser la tempête
qui n'avait pas eu cesse aux abîmes du cœur
pendant l'horrible nuit que j'avais traversée"...
La porte de la haute magie, qui nous éloigne de l'ignorance et nous relie à nos frères de l'invisible et qui apporte réconfort aux mages, et terreur aux sorciers... ce qui est en haut et comme ce qui est en bas...
Il faut donner pour recevoir en juste proportion... le bien pour le bien, le mal pour le mal... juste respect de la loi de l'équilibre dans l'univers, le +, le - et l'analogie des contraires...
Horrible nuit et pourtant bien présente, à qui se refuse de voir aux delà des réalités, pour dévoiler sans s'éblouir le voile qui cache la lumière si présente en chacun de nous...

Fraternellement

TOI a dit…

Tentative d'approche des deux premiers Chapitres du chant I. Suite 2.

L’enfer de Dante : Chant I. Suite 2.

Je ne sais plus comment je m'y suis engagé,
car j'étais engourdi par un pesant sommeil,
lorsque je m'écartai du sentier véritable.


Dante fait allusion, dans ce riche paragraphe, aux difficultés qu'il y a, à ne pas sombrer dans un profond sommeil lors d'une méditation. Vouloir aller chercher les pensées les plus hautes, (ce qui fait partie du "sentier véritable"), nécessite une volonté et une concentration robuste. Les basses pensées nous assiégeant et nous faisant délirer sur des sujets loufoques risquent à chaque instant de nous plonger dans un profond sommeil.

Celui qui s'endort n'a plus les reines de sa conscience et se laisse aller aux délires des images qu'il ne peut contrôler et n'en garde bien souvent aucun souvenir, sinon qu'un souvenir flou. La méditation peut être rapproché à une sorte de sommeil, mais où la conscience reste active. Et notre ami Dante, semble lui aussi avoir fait les frais de quelques pertes de conscience. Ce qui tend à prouver que la méditation demande une pratique régulière afin de ne plus sombrer dans ce sommeil pesant.

Je sais que j'ai gagné le pied d'une colline
à laquelle semblait aboutir ce vallon
dont l'aspect remplissait mon âme de terreur,


De toute évidence, la peur, comme nous avons pu le voir dans" les noces Chimiques" dont notre Lug a fait quelques sujets dans "l'Académie d'Hermès", démontre l'état d'ignorance de notre arpenteur des étoiles. Tout pour lui, à ce moment, est encore sujet à terreur, dont cette colline qui peut symboliser les premiers pas du Disciple et qui s'impose comme redoutable tant le chemin semble long et ardue. Certains de ces chemins sont difficiles et abruptes où l'on risque la chute et d'autres en lacets facilitent la lente montée. Si cette colline est une simple analogie à l'effort continuel pour accéder à ce qu'il y a de plus haut, cette image n'en reste pas moins vraie mais Ô combien réduite face à la vraie montagne de connaissance qu'il nous faut acquérir.

"L'aspect" dont fait mention l'auteur, sont les apparences destinées à effrayer les plus audacieux et qui n'est que le juste fruit de leur manque d'effort dans la recherche. Koot Hoomi Lal Singh, au sujet de l'effort, en fait mention dans ses lettres lorsqu'il dit :

"Nous ne pouvons vous promettre qu’une chose, c’est de vous donner la pleine mesure de vos lacunes.
Méritez beaucoup, et nous saurons nous montrer d’honnêtes débiteurs, peu, et vous n’aurez à attendre qu’un retour proportionnel."


Il semble donc que notre ami Dante est reçu beaucoup puisqu'il a vaincu la sombre forêt et qu'il est maintenant "GAGNÉ" le pied de l'immense colline.

gery a dit…

"Je ne sais plus comment je m'y suis engagé ..."
Faut-il comprendre dans cet aveu, un rappel du "Bien qui m'y fut découvert" et donc une intervention supérieure (?)(point abordé par Humito dans son commentaire du passage précédent) parce qu'un simple aveu d'ignorance pour un initié tel que Dante...

Engourdissement par un pesant sommeil : la méditation profonde et volontaire ou provoquée... puis la perte du chemin, l'écart.
Peut-être également une invitation à la prudence car il est si facile de chuter, de perdre la véritable voie...et/ou un rappel des dangers d'une méditation mal maîtrisée (pour un aspirant initié).

Mais Dante a muselé sa peur (la gardienne terrifiante des portes du Temple) pour "gagner" le pied d'une colline dont l'éclat lui indique qu'il a retrouvé sa route (les rayons de l'astre, la lumière providentielle venant d'"en haut").
Une colline : la connaissance à acquérir,le nouveau degré à conquérir, la "pente" donc l'effort à poursuivre, toujours.

Alors l'écho de sa peur, toujours présent, témoignant de l'effort fourni pour la maîtriser, cette tempête spirituelle qui harcelait son âme en la plongeant dans les ténèbres (intérieurs "abîmes du coeur"), reflue, neutralisée par la lumière.

fred a dit…

« Si tout va bien, un ciel naîtra de la mer un quart d’heure après le rivage. Tu ne pourras plus avancer, tu devras te cacher dans le reste des vagues, c’est par l’intérieur des nuages que tu accéderas au reste des vagues. Tu devras construire le passage, c’est dans la ruine du reflet que tu le découvriras, dans la ruine des eaux déjà impropres à porter l’idée de navires, dans la ruine du jour sans voyage et sans soleil. C’est dans la ruine du reflet que tu dissimuleras la dernière balise. C’est dans la dernière balise que tu feras mine de flotter, car il faudra continuer à feindre, face au vent déjà décharné de ses souvenirs d’albatros, de mouettes rieuses, éteint. Face à ce vent qui aura abdiqué, tu adopteras la politique de l’épave, la stratégie de l’épave qui a tes faveurs depuis toujours ».

(…)

« Et c’est sur cette lumière-là, non navigable, fictive, que tu façonneras le passage, dans cette lumière volée, dans la misère orgueilleuse de cette lumière volée ».
Antoine Volodine

Même ressenti qu'à la lecture de ce texte...

D'abord se perdre et perdre ses repères,
Puis reconnaitre ses peurs, ses ténèbres pour enfin, dans le lâcher prise avancer dans la foi qui porte au delà de tous les obstacles, dans la sérénité-sécurité qu'elle procure...

eton a dit…

contrastes d'immergence et d'émergence , s'observant entre elles , puis d'en haut...

Cristale a dit…

Pour commencer…
De la vision et la difficulté de mettre en mots des pensées brutes aux paragraphes précédents, Dante nous parle ici du défaut d’attention, si la vue reste essentielle le corps entier semble plus « investi ».

Il « ne sait plus » comment il s’est engagé dans cette forêt de pensées « brutes », il a oublié, il n’était pas attentif, c’est bien ce qui se passe lorsque l’âme est en sommeil.
Cet « engourdissement » de la conscience, le conduit à s’écarter du « sentier véritable », celui auquel il faut être attentif, qui nécessite vigilance pour ne pas se perdre.
A l’évidence sorti la forêt sombre, sauvage, impénétrable et drue, le narrateur semble reprendre ses esprits, conscience et se rend compte qu’il ne sait plus comment il s’est retrouvé dans cette forêt, mais il « sait qu’il a gagné le pied », comme indice de renouveau, d’un point de départ, une reconquête de la base de son corps et se réveiller dans un vallon.
Là, c’est l’aspect de la colline qui « remplissait son âme de terreur », un parallèle entre la colline et le corps peut aussi être fait, qu’il soit physique ou spirituel selon que c’est le sens cachant ou le parlant.
De l’expression « prendre au pied de la lettre », entre sens métaphorique et mesure exacte.
Si l’âme était emplie de terreur à « l’aspect de ce vallon », c’est qu’il est en bas, dans l’ombre.

Ce que confirme la suite, c’est en regardant en haut, en prenant de la hauteur pour l’âme, que la lumière fait resplendir la pente de la colline.
« Les rayons de l’astre » montrent la route et l’on est tenté de se dire « enfin » le voyageur est sorti de la forêt et ses peurs vont pouvoir s’apaiser mais c’est par « déjà » que le narrateur exprime son espoir naissant.

Cristale a dit…

Pour suivre :
« Les rayons de l’astre qui montre en tout endroit la route » le voyageur voit maintenant sa route, grâce à l’astre et non à ses rayons, première évocation du cœur.
Merveilleuse transition vers cette tempête qui s’apaise « aux abîmes de son coeur » d’où nous pouvons déduire que lumière et obscurité se livraient là un combat durant la nuit.

De la vision évoquant choix de pensées affinant les « brutes », au corps (corpus de pensées) , celles qui servent de base à l’édifice, les émotions qui terrifient l’âme responsable de ses choix, c’est la lumière qui sert de guide et de moteur du cœur à l’ouvrage et redonne paix, espoir, un souffle nouveau.

domino a dit…

L'ignorant s'est avancé dans un état de somnambulisme sur les chemins de l'involution jusqu'à ne plus pouvoir aller plus loin.
L'utilisation du mot "véritable" me fait penser à "il est vrai, sans mensonge, certain, et très véritable..."; ainsi on peut se dire que notre personnage s'est éloigné des lois de la providence, le sentier véritable, et s'est perdu.
Pourtant par le chemin qu'il a emprunté il parvient tout de même à une colline qui va lui permettre de renouer avec cette providence. Il y a dans la construction du texte une idée de cycles.
"...et, regardant en haut, j'avais vu..."
On change de temps, ce qui renforce l'idée de cycles... (ce qui sera fut)
Cette étoile que suivent les voyageurs est aussi appelée étoile du berger, difficile de ne pas y voir une allusion à la providence, et elle se situe en haut de la colline.
Pour la suivre il faudra commencer l'ascension de cette colline afin de faire cesser la "tempête" et sortir de la nuit de l'ignorance.


Voilà qui donne envie de lire Dante ! :-)
Merci Lug !