vendredi 28 mars 2008

Citations d’Eliphas Lévi



Citation d’Eliphas Lévi livre I : 8

La foi, et, par conséquent l’espérance et l’amour sont si libres que l’homme, loin de pouvoir les imposer aux autres, ne se les impose pas à soi-même.

Dans cette remarquable citation, notre bon Eliphas Lévi nous résume des principes fondamentaux qui concourent à l'alignement d'une pensée juste en vertus, dont la pratique est si difficile au quotidien, malgré la clarté et la simplicité de sa formulation. De ces principes fondamentaux (les causes) il est aisé d'en décliner les effets selon l'angle des vices ou des vertus, pour peu que l'on prenne la peine de s'y arrêter un instant et d'y approfondir sa méditation.

La foi est espérance, et quelle formidable espérance que celle qui consiste à ne pas croire que l'être humain est un début et une fin ; qu'il n'est rien de plus que ce qu'il ressent, et ce qu'il perçoit ; rien de plus que ce qu'il croit, ce qu'il sait ou qu'il croit savoir ; rien de plus qu'une brève histoire d'un temps fugace ; rien de plus qu'un noeud de conjonctions hasardeuses et éphémères. Rien de plus que ce que lui renvoie sa propre réalité pourtant si chimérique et dérisoire. Sortir de l'accablement de cette inéluctable désespérance en ayant foi d'être autre chose que l'enfant du hasard, implique nécessairement de tenter d'élargir sa vison intellectuelle, puis sa vision spirituelle, sur des réalités dont l'amplitude dépasse sur tous les plans celle de la nature d'une manifestation organique périssable. La foi sera une petite espérance lorsque la Conscience sera à peine supérieure à celle d'un ego qui occupera l'essentiel de ses préoccupations. Un peu celle du pauvre hère qui rêve à ce que sera sa vie lorsque le prochain tirage du Loto l'aura fait riche au-delà de ce qu'il serait capable d'obtenir par ses seuls mérites, talents et compétences. Espérance qui sera invariablement ruinée lors de la publication du tirage, mais qu'il s'efforcera de réactiver en jouant la semaine suivante. Cette espérance qui ne repose que sur des pensées si peu justes en vertus, sera davantage une drogue dure, qu'une panacée spirituelle, mais chacun se procure une espérance selon ses moyens. Au fur et à mesure que la Foi progresse dans son amplitude, elle engendre avec elle une espérance de même nature ; et la Foi qui progresse, le fait grâce à l'élévation constante du niveau de connaissances sur lequel elle s'adosse. Découvrir, par le biais de cette Foi, qu'il y a tant de choses qui nous entourent, desquelles nous dépendons constamment et de façon viscéralement vitale, et qui sont d'une durée, d'une puissance, d'une grandeur si considérables, que nous ne pouvons qu'être admiratifs et fascinés par elles. Cette découverte des choses supérieures à celles de la modeste condition humaine, ouvre les portes sur des capacités qui nous sont propres et qui dépassent tellement celle de la nature égotique de l'être humain, qu'elles obligent à reconsidérer cette identification qui nous fait nous confondre avec cet ego. Un peu comme si le marionnettiste, oubliant qui il est, se prenait pour la marionnette qu'il anime. La Foi qui s'élève, prend Conscience de sa véritable nature, ce dont elle peut et doit tirer une légitime satisfaction, ne serait-ce que par gratitude d'être le bénéficiaire d'un inestimable trésor, mais elle doit dans le même temps, activer cette noble vertu qu'est l'humilité, et qui seule lui permettra de ne pas sombrer dans l'orgueil, l'arrogance, la vanité, la suffisance et la présomption qui naîtraient en l'absence de cette vertu, ce qui limiterait rapidement l'extension de la Foi, et l'horizon de l'espérance.

... par conséquent l’espérance et l’amour sont si libres... La Foi qui est cette extraordinaire faculté qui permet de sortir de la prison de certitudes de la raison purement intellectuelle, est ce qui rend une plus ou moins grande liberté à la Conscience. Cette liberté, comme j'ai déjà eu l'occasion d’en traiter le sujet dans les articles précédents de l'académie d'Hermès Trismégiste, n'est pas une absence de loi, car dans ce cas, ce serait rapidement la liberté du plus fort, et en fin de compte une épouvantable dictature, le contraire de la liberté. La liberté n'est possible que parce qu'il y a des lois qui en permettent la pratique, et l'une des lois qui offre un horizon illimité à la liberté est justement la Foi. Comme le disent si bien les Tablettes de Thoth : connaître les lois c'est être libre.

L'amour, - qu'il convient ici de ne pas confondre avec la sordide émotion dont se gargarisent les romantiques benêts, et que les angéliques de pacotilles accommodent à toutes les sauces dans cette gargote de cul-de-basse-fosse qu'est l'incarnation terrestre -, est cette puissante loi qui fait que dans la Divine Création tout se donne, alors que dans le monde des cavernicoles velus, tout se vend, même ce qu'ils appellent pompeusement « l'amour ».

Foi, espérance, amour, liberté, nous voilà confrontés à des lois de natures différentes, mais qui s'harmonisent entre elles dans un subtil dosage, afin de parvenir à l'équilibre le plus juste qu'il soit possible. La liberté dont dispose chacun, implique qu'elle ne consiste pas à pouvoir contraindre les autres. Ici, je ne peux m'empêcher de penser à cette formule si pertinente de l'article 4, de la Déclaration des droits de l'homme de 1789 :

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Cette liberté est ce qui se résume pour la Conscience, à son libre arbitre. Libre arbitre qui ne s'active pas automatiquement, sinon il ne serait plus du domaine de la liberté, mais qui implique qu'il soit activé par la faculté volitive. Et pour que cette liberté soit une réalité effective, encore faut-il qu'elle permette de se traduire par des choix possibles, les fameux champs du possible auxquels nous sommes constamment confrontés. De là, nous pouvons en déduire que si l'amour est un don, sans qu'il y ait la moindre préoccupation d'un retour en échange (ce qui en ferait un commerce), alors ce don ne s'impose pas, mais se propose ; libre à chacun de s'en saisir ou de n'en rien faire, respect de libre arbitre oblige. Formidable espérance que cette Foi qui invite à prendre Conscience de sa liberté et des cadeaux que l'Amour de la Divine Création met à notre disposition. Mais aussi quelle terrible responsabilité implique sa pratique. Rien ne nous est imposé, seul ce que l'être humain s'impose devient la structure de sa Foi, de son espérance, de sa liberté et de l'Amour qu'il acceptera de recevoir. Il forge sa propre morale, et cette morale qu'il s'est librement choisie, à l'image des lois du Divin Créateur, s'impose constamment à lui. Cette morale qui sera forcément différente de celle des autres, ne peut donc pas s'imposer à autrui sous peine de violer la juste application des lois principes qui donnent les champs du possible à la liberté et au libre arbitre.

Dans cette très subtile citation de notre cher Eliphas Lévi, il nous est indiqué que l'homme n'a pas le pouvoir d'imposer la Foi, l'espérance et l'amour aux autres, et il constate qu'il est même incapable de se les imposer à lui-même. Si je poursuis un peu plus avant ma méditation sur ce sujet si vaste et si complexe, j'en arrive inéluctablement au fait que la liberté d'un individu, quelle que soit son espèce, ne dépend que de l'importance de sa morale dont les règles lui ouvriront un espace d'autant plus grand qu'elles seront alignées sur celles de la Divine Providence. Accessoirement, sur le plan pratique d'une humanité agissante, cela nous donnera des personnes qui se trouveront enfermées dans des règles morales dont la Foi et l'Amour (sens noble de ces termes) sont absents ; ou des personnes qui n'ayant aucun sens moral n'ont donc aucune liberté autre que celle qui consiste, pour eux, à croire que la liberté est plus grande sans morale. Cette illusoire liberté est celle de la loi du plus fort que j'ai déjà évoquée.

Il découle de la citation d'Eliphas Lévi, et de mes petits commentaires, que la Foi, l'espérance, la liberté et l'amour, seront d'autant plus vastes qu'ils seront perçus par une Conscience qui aligne ses pensées sur les vertus les plus justes en équilibres et harmonies.

Enfin, pour conclure provisoirement sur ce thème si riche, je rappelle que la morale individuelle est celle que l'on s'impose à soi-même et surtout pas aux autres, et que la morale qui s'impose à autrui est la morale collective, qui ne s'exprime que par la loi humaine, et dont elle n'est hélas bien trop souvent que le triste reflet.


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2 commentaires:

OseKa a dit…

Aimer c’est quoi ? :

"Prenez le risque d'aimer, c'est la meilleure assurance sur la Vie.
Vous aurez beau chercher maîtres et directeurs de conscience, livres qui vous renseignent, les plus grands instructeurs resteront vos propres expériences.
Elles sont toujours avec vous dans le vaste champ de la Vie. Usez votre temps à les étudier, ne les abandonnez pas en chemin c'est votre bâton de pèlerin.
Appuyez-vous sur vos fautes pour rejoindre ce que vous êtes. Il n'y a que vous qui puissiez pour vous.
Ce "vous" est intimement lié à la source essentielle et vous ne pouvez vous soustraire à sa force.
Chacune de vos erreurs détourne le courant, mais vous ne pouvez l'abolir.

Soyez persuadé de votre capacité à être bonheur et vous le serez.

La foi est ce qui construit, c'est le meilleur matériau, le plus solide, le plus efficace, le plus durable. C'est surtout celui qui vous permet de toucher à ce que vous êtes. N'ayez plus peur, même de la peur.

Construisez votre cathédrale d'Amour, il n'y a aucun canon qui pourra la détruire. Les jours de grand vent, elle enregistrera les plaintes et comme une mère qui console son enfant elle vous bercera de nouvelles mélodies.
S'il fallait partager encore la vie avec vous, je ne changerais rien, sinon ajouter un peu plus d'amour, un plus de rire et plus encore d'humilité..."
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Et si la parole de Jacques Brel était vivante ?
Jacques à Maddly Bamy (éditions du Rocher)

amélia a dit…

en pensée confiante ...

[...]Heureux les coeurs à qui la nature ne reproche rien ! Heureux les yeux qui, partout, cherchent la beauté ! Heureuses les mains qui savent répandre toujours et les bienfaits et les caresses ! Heureux les hommes qui, ayant à choisir entre deux vins, préfèrent le meilleur et sont souvent plus heureux de l’offrir à d’autres que de le boire ! Heureux les visages gracieux dont les lèvres sont pleines de sourires et de baisers ! Ceux-là ne seront jamais dupes, car, après l’espérance d’aimer, ce qu’il y a de meilleur au monde, c’est le souvenir d’avoir aimé ; et ces choses, seules, méritent d’être immortelles, dont le souvenir peut être toujours un bonheur !

Livre troisième du Grand Arcane d’Eliphas Lévi - chap 8 Les points Extrêmes

:-)