vendredi 30 juin 2017

Le Vizir est devenu Calife à la place du Calife mou Haroun Al Hollandouille

Il ne suffit pas d'avoir de l'ambition, encore faut-il avoir les compétences qu'elle requiert sinon, ce ne sera que l'expression de la plus vulgaire et médiocre des vanités.

mardi 6 juin 2017

Dialogue N° 16 : Les difficultés du service désintéressé. N°4 ( MàJ du 19/06/2017)




 Maître, quelle est la principale erreur à ne pas commettre lorsque l’on s’engage dans le service désintéressé au profit de l’utilité commune ?



Cette erreur est celle que font invariablement les débutants, par vanité, et qui consiste à croire que le faible niveau de leurs nouvelles connaissances les rend aptes à passer directement à l’action en enseignant leurs semblables, sans aucun discernement ni distinction du niveau de leur éveil et de leurs aptitudes à recevoir et assimiler une «nourriture» trop riche, et trop brutalement abondante. 

Il ne suffit pas d'avoir reçu une Connaissance, encore faut-il l’assimiler correctement et avoir le discernement subtil pour l'utiliser au bon moment. Il convient qu’un serviteur désintéressé veille prudemment à ce que toutes les conditions soient réunies pour qu'elles ne viennent ni trop tôt ni trop tard, ni trop en abondance ni pas assez. 

Il ne s'agit pas de servir selon l'idée, plus ou moins égotique que chacun s'en fait, mais en discernant avec précision et un sens élevé de la responsabilité ce qui correspond véritablement à l'utilité commune, celle qui pourra profiter à tous sans distinction, et en veillant à ne pas, en même temps, nourrir les travers de notre ego, ni les vices de ceux que l'on ambitionne d'aider. 

Donc, l'une des principales erreurs est celle de l'ignorance. L'ignorance des différentes conditions de la juste pratique de ce service. L'ignorance des différents niveaux de répercussion que peut avoir cette pratique, tant en ce qui concerne l'officiant qu’en ce qui concerne le ou les bénéficiaires et qui condamne l'officiant à agir en aveugle. L'ignorance des lois karmiques, dont une qui dispose que l'on ne peut pas aider ceux n'ayant pas encore pris Conscience de la part de responsabilité qu'ils ont dans l'état de dépendance et d’asservissement dans lequel ils se trouvent, résultant inévitablement d'une succession de choix, de comportements et de décisions librement adoptés antérieurement. Non seulement il n'est pas possible de faire boire un âne qui n'a pas soif, mais il n'est pas plus possible de faire le bonheur de quelqu'un si ce dernier ne le désire pas. L'ignorance du respect du libre arbitre d'autrui est manifestement la cause d'une corruption rapide de la pratique du service désintéressé. 

Une autre erreur de même importance que celle qui précède est l'impatience de l'officiant. Cette impatience lui fera négliger l'incontournable temps nécessaire à une bonne assimilation des richesses qu'il entend partager, ainsi que la patience que doivent avoir le serviteur et l'enseignant. Ceci nous renvoie à ce que j'évoquais lors d'une de mes réponses précédentes, et concernant l'aspect multidimensionnel que comporte le véritable service désintéressé aligné sur les règles du Dharma, et le fait que plus ce service sera conforme à ces règles, plus il sera difficile d'en espérer percevoir le complet épanouissement sur la durée d'une seule incarnation. 

Il faut donc à l'officiant, en plus de solides Connaissances, une abnégation reposant sur le détachement, l'humilité, le dévouement et le sens le plus élevé du sacrifice dont l'expression la plus noble passe par l'oubli de soi. Sans cette abnégation, un officiant épuiserait rapidement sa bonne volonté en perdant de vue l'extraordinaire ascèse spirituelle qu'implique la pratique correcte de ce service. Et cette perte de vue est celle de son troisième oeil (Ajna) pas encore suffisamment développé. 

Dans le Mahâbhârata, comme dans le Ramâyâna, les brahmanes les plus puissants, ceux qui reçoivent leurs pouvoirs suprahumains des dieux, sont toujours ceux qui se sont préalablement longuement adonnés aux austérités, c'est-à-dire aux sacrifices (maîtrise de ses facultés sensorielles, intellectuelles et spirituelles) que requiert le service désintéressé en conformité avec le Dharma.


Maître, en considérant tout ce que tu m'expliques, concernant la pratique du service désintéressé, comment est-il possible à un aspirant, ou même à un initié de niveau moyen, d'y parvenir tant la tâche est complexe et les pièges innombrables.


Je vais t'en donner la clé, puisque tu commences à entrevoir subtilement l'étendue du problème. 

L'individu qui s'efforce, par un travail constant et sincère, à se former à la pratique du service désintéressé, au fur et à mesure qu'il réalise des progrès sur lui-même, par l'élargissement de son champ de Connaissances, reçoit progressivement l'aide de ses guides supérieurs, s'il a eu la prudence de la leur réclamer, avant de se mettre à l'ouvrage, par une courte invocation qui ne soit pas une formulation mécanique et vide de sens, comme c'est l'usage dans les rituels effectués de façon routinière par des officiants qui en profitent pour penser à autre chose. Cette règle de bonne pratique tu la retrouves dans les conditions que doit respecter un bon alchimiste par la formule latine Ora et Labora (prie et travaille) dont l'origine provient de l'ordre des Bénédictins au sein duquel nous retrouvons de nombreux moines qui figurent au Panthéon de ce noble Art. Cette aide se traduira par une mise en situation qui t'offrira différentes occasions te permettant de mettre en pratique (mise à l'épreuve), au début modestement, l'acquis de tes Connaissances. Ces situations seront d'abord en rapport avec le plan physique dense et les corps sensoriels et le contrôle de ses envies ; puis progressivement avec les corps intellectuels et la maîtrise des passions, désirs et émotions ; enfin, avec les corps spirituels et l'aide qu'il est possible d'apporter à autrui pour permettre aux Consciences en quête d'une assistance bienveillante de se libérer de leurs asservissements, ainsi que de pouvoir apporter un véritable remède à des Consciences en état d'affection pathologique. Le serviteur devient alors aussi thérapeute spirituel. 

Soit tu saisiras volontairement l'occasion que ton discernement subtil détectera, selon tes capacités à intervenir sur l'un de ces plans, pour passer de la théorie à la mise à l'épreuve, soit tu n'en feras rien et tu feras la démonstration de ton incapacité à pouvoir aller plus loin par manque de conviction, de rigueur et de volonté. Alors, rapidement l'aide de tes guides diminuera jusqu'à disparaître. Par contre, chaque fois que tu saisiras l'occasion de mettre à l'épreuve tes Connaissances, avec un discernement et une rigueur attentive, même si la réussite que tu espères n'est pas, à ses débuts, toujours au rendez-vous, il te faudra surtout en profiter pour tirer tous les enseignements de ton action, que ce soit dans la réussite, mais surtout dans l'échec ne serait-ce que pour être en mesure de réparer les nuisances éventuellement occasionnées. Lorsque tu auras perçu et assimilé ces riches enseignements occultes cachés dans la pratique, alors tu seras à nouveau soumis à des opportunités en rapport avec une difficulté sans cesse croissante, et tu pourras bénéficier de la possibilité d'une assistance à la hauteur de la tâche à accomplir. 

Nous en revenons à ce que j'avais précédemment évoqué, à savoir que l'expérience et la maîtrise reposent sur une pratique volontaire et constante dans le but de parvenir à ce que Confucius appelait : la rectitude du geste. Cette rectitude du geste ne se préoccupe pas prioritairement du but à atteindre lors de la pratique du service désintéressé au profit de l'utilité commune, même si ce but n'est pas occulté, mais concerne la rigoureuse discipline que la Conscience doit respecter pour aligner et stabiliser ses pensées justes en vertus dans leurs formes d'expression et dans l'action. Lorsque le déroulement de cette pratique devient conforme au Dharma, il constitue le rituel de l'ordre cérémoniel.