jeudi 11 mai 2017

Dialogue N° 16 : Les difficultés du service désintéressé. N°3 (MàJ du 28/05/2017)




Maitre, mais alors comment peut-on espérer pouvoir pratiquer ce service désintéressé sans risquer de commettre involontairement des calamités ?





Indépendamment de ce que je viens de t'expliquer dans ma précédente réponse,  il faut nécessairement faire preuve de cette vertu cardinale qu'est la Prudence. Il ne s'agit pas, comme nos dirigeants politiques ou d'habiles exploiteurs l'inculquent aux ignorants de la masse moutonnière, de se laisser gouverner par ses émotions, sentiments ni même sa raison, sans avoir la certitude que ce service désintéressé finira bien par parvenir aux bénéficiaires, plutôt qu'aux intermédiaires cupides et roublards. Il ne s'agit pas de rendre des services qui pourraient avoir pour conséquence d'entretenir l'ignorance, la paresse, la duplicité, la ruse, l'ingratitude, le mensonge, la perversité ou les autres vices du bénéficiaire. Il ne s'agit pas d'avantage de permettre à des astucieux, plaisantins ou sinistres individus à la moralité douteuse d'obtenir, par cupidité, ce qui ne correspond pas à leurs compétences et à leurs mérites. 

Ici, intervient une autre vertu cardinale qu'est la Justice, qui ne peut se pratiquer sans la Connaissance. Tu peux y ajouter le discernement, la pondération, le sens de la mesure, la conformité du service avec les règles qui découlent de la pratique des vertus, auxquelles, pour faire bonne mesure, il convient de tenir compte des conditions karmiques du bénéficiaire, des conditions environnementales, de ses traditions culturelles et sociales, ainsi que des éventuelles répercussions multidimensionnelles pour l'officiant. Tu peux fort bien nourrir un affamé avec un petit salé aux lentilles, mais tu produiras une impardonnable et préjudiciable monstruosité si le bénéficiaire est de confession juive ou musulmane. Pour le coup, non seulement tu ne rendras pas service, mais tu porteras un grave préjudice à ton propre Karma. N'oublie pas que, dans ce genre de pratique, l'ignorance n'est pas une circonstance atténuante, mais rigoureusement le contraire. 

Un vieux proverbe chinois dit fort justement : si tu donnes un poisson à un affamé, tu le nourriras un jour, mais si tu lui apprends à pécher, tu le nourriras tous les jours. Dans ce proverbe il y a le don physique, et le don intellectuel. Le deuxième démontre sa supériorité sur le premier, ainsi que sa considérable plus grande valeur. Si tu poursuis la logique de ce processus, tu pourras constater que si le don intellectuel est considérablement plus important en valeur que le don matériel, le don spirituel est lui d'une richesse sans commune mesure avec le don intellectuel, car il a en plus une ampleur intemporelle et multidimensionnelle. Ainsi, nous pourrions poursuivre dans la logique de cet adage, qu'après avoir appris à pécher à celui qui avait faim, le véritable serviteur désintéressé lui a aussi enseigné la vertu de transmettre bénévolement, à d'autres affamés, le moyen de s'affranchir de leur condition, et ce, sans chercher à en tirer plus de profit que celui qui lui a transmis gratuitement cette connaissance. L'acquisition de cette connaissance lui ayant permis de se libérer lui-même de cette situation récurrente de famine. 

Rappelons au passage que la vertu de la transmission désintéressée de cette connaissance est la seule façon qu'il aura de s'acquitter de la dette que le bénéficiaire a contractée en recevant gracieusement cet enseignement libérateur d'un discret serviteur désintéressé.


Maitre, je commence à entrevoir l'immense étendue du problème à résoudre, mais doit-on attendre d'être un disciple accompli pour espérer pouvoir pratiquer le service désintéressé au profit de l'utilité commune ?


La pratique du service désintéressé au profit d'autrui peut parfaitement s'effectuer sans pour autant être un disciple accompli, mais j'espère que tu as bien compris qu'il te faudra préalablement épurer ta Conscience des travers qui pourraient inévitablement transformer ta noble intention du départ en perversion calamiteuse à l'arrivée. 

Il te faudra bien réfléchir à ce qui va suivre, car le chemin de cette pratique est aussi étroit que le fil du rasoir : la quête spirituelle qui a pour but la recherche de pouvoirs, de considérations, de richesses, du bonheur, du paradis ou du Nirvana, n’est que l’expression d’un vice égoïste grossièrement travesti en apparente vertu. Croire que cela peut faire illusion auprès des Entités supérieures, c'est faire preuve d'étroitesse de vue et d'une profonde ignorance. 

C’est en cherchant à devenir chaque jour le plus performant et le plus compétant qu’il nous soit donné d’être, dans la pratique d'une pensée juste en vertus, et ce, dans l’unique dessein d’aider - avec discrétion et altruisme -, et de faire progresser son prochain sur la voie de son évolution et de sa propre libération, que s’accomplit le véritable service désintéressé au profit de l’utilité commune. La pratique constante, rigoureuse, attentive et exigeante de ce service est ce qui caractérise la sincérité de la Conscience dans son dévouement au Dharma. Ce n'est que cette pratique qui détermine le niveau d’initiation le plus élevé que puisse atteindre une Conscience incarnée dans la forme humaine. 

C'est aussi par ce niveau élevé que la Conscience devient un utile serviteur pouvant collaborer avec la Hiérarchie. Un axiome de François Rabelais synthétise admirablement ce que ne doit pas être le service désintéressé : Science sans Conscience n'est que ruine de l'âme. Si la science à tout à voir avec la Raison, la Conscience, elle, a tout à faire avec la Foi, notamment dans la Foi de la réalité de l'existence de cette âme qu'elle doit servir. Ce n'est que lorsque la Foi est associée à la Raison que la Science spirituelle peut s'exercer en tant que Sapience. Alors, pour en revenir à ta question, crois-tu sérieusement que le pratiquant débutant, quel que soit l'art qu'il choisit de pratiquer, deviendra un maître sans un long et laborieux travail d'apprentissage ? 

Cet officiant aura nécessairement à effectuer des exercices dont un grand nombre seront notoirement imparfaits tant qu'il n'aura pas éliminé la moindre maladresse et inattention. Donc, si tu veux un jour parvenir à une certaine maîtrise de la pratique du service désintéressé au profit de l'utilité commune, tu ne dois plus perdre le moindre instant pour exercer ce yoga qu'est la pratique exigeante de la pensée juste en vertus. Cette pratique commence par de petites choses dont les conséquences fâcheuses seront dérisoires en cas de mauvaise application. 

Prioritairement par la maîtrise d'un certain nombre de pensées justes en vertus, ensuite tu pourras poursuivre progressivement par l'expression de paroles justes et leur prudente mise en pratique concrète par des actions de mêmes natures. La plus importante erreur génératrice des pires calamités que font les débutants, est celle qui consiste à passer directement à la pratique de l'action avant que d'avoir constituer une solide base de pensées justes en vertus sur laquelle reposera tout l'édifice du service désintéressé, suivit de la maîtrise du verbe exprimant le plus parfaitement qu’il soit possible ces pensées justes en vertus. 

Il est des Arts majeurs qui ne supportent ni l'à peu près, ni le dilettantisme, ni l'amateurisme ni la frivolité, et le service désintéressé fait partie des plus nobles de ces Arts puisqu'il mène au plus majestueux de tous celui de : l'Alchimie spirituelle.