jeudi 6 mars 2008

Le Cantique des cantiques de Salomon



1.6 Ne prenez pas garde à mon teint basané : c’est le soleil qui m’a brûlée. Les fils de ma mère se sont emportés contre moi, ils m’ont mise à garder les vignes. Ma vigne à moi, je ne l’avais pas gardée !

C’est le sujet de l’art ou la seconde matiere des philosophes exposée à l’ardeur du soleil dés sa jeunesse, car dans son origine et dans sa pureté sans melange elle n’estoit pas noire. Mais aiant esté corporifiée, elle a esté brulée du soleil. Car la semence tombée parmy les pierres dont il est parlé dans l’Evangille fut brulée et calcinée par le soleil, ce qui l’empecha de fructifier fautte d’humidité.

Ses ennemis l’ont establie pour garder leurs vignes (car elle peut appeler ennemis ceus qui ne l’emploent pas à l’usage où la sagesse l’a destinée) : elle n’a pas gardé sa vigne, fruict du paradis terrestre, lequel accause de cela n’est point venu à maturité, c’est à dire à sa perfection. Le feu ou soleil qui en est le principe, est la puissance du pere, qui a livré son propre fils aus persecuteurs. Ce soleil a noircy l’epouse dans les matieres differentes et specifiées, et dans la moins determinée elle paroist noire en presence de son soleil dont la splendeur eclipse ce qu’elle a de lumineus.

Le vignoble est le lieu ou croist la vigne. Le monde est le vignoble, dont nous sommes les serments de cette vigne au travers du tronc de laquelle nous devons fructifier, en y restant attachéz. Noé, peu esperimenté en l’usage du vin que cette vigne produit, s’en enyvra. Noé, apres la purgation et destruction faitte par l’eau de la race mauditte, accause du peché du premier pere et du fraticide, decouvrit sa honte, ce qui fut cause que son fils Cham (calor) s’en moqua, et luy lia ou couppa les genitoires. Mais Noé pretendant faire des enfans exempts de punition lorsqu’ils percheroient, et pretendant que canaham seroit de cette nature, il le maudit accause qu’il avoit esté occasion de cette pensée, et affin qu’il fust corrigé et amandé par cette soumission à ses freres à laquelle il l’assujetit. Cela a donné aux Ægiptiens de dire que Tiphon avoit demembré Osiris et jetté sa partie genitalle dans le Nil. Car l’eau purge la sulphureité excrementeuse que le feu fait paroistre dans la calcination. Cette eau par la beauté de sa vertu recouvre et cache cette laideur honteuse. L’eau pleine d’efficace repare l’immondicité produitte par le feu de la calcination.

Notre alchimiste nous guide dans les dédales de ce labyrinthe du texte extrêmement hermétique qu'est le Cantique des cantiques de Salomon. Il nous décrypte fort bien le sens qu'il convient de donner à ce verset si énigmatique. Rappelons pour mémoire que l'épouse qui s'exprime dans ce verset, est la faculté volitive parcourant le jardin du Bien et du Mal à la quête de son époux ; ce retour de la Conscience à l'âme-de-vie, son principe supérieur.

Le soleil qui est la source des lumières et de la chaleur fécondante a brûlé l'épouse au point de lui donner un teint basané. Nous pourrions traduire cette analogie par: l'épreuve de la Conscience au travers de sa faculté volitive, dans la sphère des manifestations temporelles, confronte cette conscience à son état d'ignorance dont le niveau vibratoire est si bas, qu'il ne peut supporter les lumières de la Connaissance du plan astral sans en subir quelques dommages. Un adage populaire dit fort justement qu'il y a deux choses ici-bas que l'homme ne peut pas regarder en face et qui sont : le Soleil et la Vérité. Ceci nous renvoie au précédent article dans l'académie d'Hermès Trismégiste concernant les hiérarchies supérieures qui ont en charges les destinées de l'espèce et qui se situent sur le plan astral. Dans la légende d'Icare, ce dernier parvient à s'évader du labyrinthe (symbolisant l'âme-de-vie enfermée dans sa prison égotique, et confrontée à la férocité animalière du Minotaure de sa forme physique), dans lequel il se trouvait emprisonné avec son père Dédale, ce sage qui, grâce à ses connaissances, parvient à lui confectionner des ailes artificielles (là encore, le symbole des ailes est celui qui renvoie aux enseignements spirituels les plus subtils, dans toutes les traditions ésotériques), mais Icare n'écoutant pas les conseils de sagesse de ce père manifestement initié aux mystères, utilise les connaissances spirituelles qu'il en reçoit en dehors des conseils de prudence de son instructeur ; conseils qui ne sont que les limites d'une pensée juste en Vertus. En s'approchant trop près du Soleil, avec une folle témérité, une grande inconscience et une vanité dévorante, il meurt en perdant l'usage de ces ailes artificielles en tombant lourdement dans la mer de l'ignorance. Dans cette remarquable légende d'Icare, nous retrouvons au travers du langage analogique, toutes les indications initiatiques que doit respecter l'oeuvrant. La pensée juste en Vertus est dans ce conte, symbolisé par le délicat et subtil fil de la belle Ariane...

Icare avait bien reçu un savoir, mais ne l’ayant pas préalablement éprouvé, il ne le maîtrisait pas ; ce n’était donc pas pour lui une véritable Connaissance, et les ailes de l’esprit qu’il reçut de son père n’étant pas les siennes, il ne pouvait donc espérer franchir les limites de ses propres compétences. Les lois de la Divine Providence sont implacablement justes, elles n’accordent qu’à chacun selon ses mérites, sans qu’il soit possible de tricher sur la réalité de ces mérites.

Notons que, dans ce verset, l'épouse qui a manifestement éprouvé son ignorance, n’a pas pour autant franchi des limites irréversibles, puisqu'elle n'est que brûlée au point de n'avoir que le teint basané, sans autres conséquences graves.

... mon teint basané ... Confrontée à la lumière du Soleil (la Connaissance dans sa forme Macrocosmique), l'ignorance de l'épouse lui donne ce teint sombre, car l'état d'une Conscience se manifeste dans une forme appropriée à son développement et selon les apparences qui correspondent à son patrimoine karmique. En ce début de cheminement dans le Cantique des cantiques, l'épouse n'a pas encore suffisamment éprouvé ses Connaissances, pour lui rendre le teint lumineux de sa forme glorieuse.

Les fils de ma mère se sont emportés contre moi... Une mère bien protectrice qui intervient par le truchement de ses fils manifestement plus évolués que ne l'est l'épouse de ce Cantique, pour la mettre en garde contre son ignorance et surtout sa vanité qui lui a fait manquer de mesure dans l'utilisation de son libre arbitre. En restant sur un point de vue terrestre et limité aux cinq sens organiques, cette historiette est d'une banalité et d'une inconsistante affligeantes. Seuls les sens analogiques et hermétiques permettent d'en saisir la puissance et la profondeur. Nous ne sommes jamais seuls, comme nous l'avons constatés lors de l'article sur l'extrait du maître Koot Hoomi, dans ce verset, enseignement venant d'une autre tradition, nous avons la confirmation de cette réalité avec laquelle nous devons apprendre à cohabiter. La faculté volitive, cette conscience en phase d'élargissement de ses champs du possible, au sein de la sphère de l'épreuve, avance avec une part importante d'inconscience (ce qui la relie à son archétype protecteur), et malgré un état d'ignorance certain, elle bénéficie des protections de ces fils de la divine Providence qui se sont mis au service de la fraternité humaine dans le but d'assurer, avec dévouement et discrétion, la protection des plus faibles. Nous retrouvons le même schéma cosmique, avec ses plans différents de manifestation, et ses hiérarchies reposant sur la sagesse acquise par le niveau élevé de Connaissance. Les fils se sont emportés contre l'épouse du Cantique pour l'éveiller aux dangers que son ignorance lui faisait courir, et qui sont du même ordre que ceux auxquels a été confronté Icare en abusant d'une connaissance reçue, c'est-à-dire sans l'usage des vertus. Voilà encore un secret extrêmement précieux qui vous est révélé dans cet article et qui se résume de la façon suivante : une pensée peut parfaitement être juste sans pour autant être vertueuse. La mise en pratique de cette pensée juste non vertueuse, finit toujours par faire fondre la cire qui maintient les ailes d’une pensée subtile, pour la faire retomber brutalement dans l’épais.

... ils m’ont mise à garder les vignes... Dans la Genèse, la première chose que fait Noé après le déluge, c'est de planter ce qui est considéré comme étant la première vigne, cette vigne il la tenait d'Adam, qui lui-même l'avait emportée du Paradis après son expulsion. Cette vigne dans toutes les grandes traditions antiques, symbolise l'arbre sacré, produisant la boisson des dieux, dont notre Noé ne saura pas faire usage avec tempérance, à l'image d'Icare, et devra subir, de la part de son fils, une amputation de ses organes reproducteurs... Le symbolisme de la vigne est d'une importance considérable, car il est cet arbre de vie, dont la Mishna affirme qu'il est l'arbre du bien et du mal, dont le fruit est celui de la Connaissance. Et comme il est clair, après avoir décrypté cette analogie et ce symbole, de lire que l'épouse de ce cantique, après avoir été astreinte de garder les vignes des autres, affirme : Ma vigne à moi, je ne l’avais pas gardée !

Cette vigne à elle, qui est le principe même de la connaissance, de sa connaissance, elle ne l'a pas gardée et il faut donc qu'elle apprenne non pas à reconstituer cette connaissance, mais d'abord à savoir la garder... Tout un programme qui implique un long apprentissage de la rigueur, de l'endurance, de la régularité et la maîtrise d'un savoir-faire.

Dans la pratique religieuse, notamment chrétienne, le vin, ce fruit de la vigne si chargé de symbolisme, est au centre du principal rituel celui de l'eucharistie. Il est donc d'une importance considérable dans un texte hermétique et ésotérique. De nombreuses tombes de l'ancienne Égypte sont décorées avec des vignes qui courent le long des murs des nécropoles. Dans la tombe de Nakt de la XVIIIème dynastie, il y a une représentation de cueilleurs de raisins sous une vigne lourdement chargée de grappes (riche de Connaissances). L'arbre de vie, le sang de la terre, la boisson des dieux, celle qui ouvre sur les Connaissances sublimes, voilà ce que symbolise la vigne, et le sens que nous devons lui donner dans ce texte hautement hermétique. Nous retrouvons dans la tradition Grecque la culture de la vigne et l'usage du vin qui sont attribués à Dionysos dont le culte est associé à la connaissance des mystères de la vie après la mort.

Nous pouvons constater que notre guide, Jean Vauquelin seigneur des Yveteaux, avait parfaitement entendu l'allégorie de ce verset, et que sa connaissance de la Science Hermétique était bien réelle, ce qui nous engagera, lors de la suite de l'étude de ce Cantique des cantiques de Salomon, à être extrêmement attentifs sur les commentaires qu'il nous apportera, exprimés dans ce vieux François si délicieux.


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mercredi 5 mars 2008

Lettres du Maître Koot Hoomi Lal Singh



Les recherches abstraites relatives aux problèmes les plus déroutants ne surgirent pas spontanément dans le cerveau d’Archimède comme un sujet jamais abordé jusqu’alors, mais plutôt comme le reflet de recherches entreprises antérieurement dans la même direction par des hommes que séparait de son temps une période aussi longue - et même beaucoup plus longue - que celle qui vous sépare du grand Syracusain.

L'air de rien, avec une grande simplicité, comme il est d'ailleurs coutumier du fait, le Maître Koot Hoomi révèle aux lecteurs de cette lettre, et dans l'extrait qui sert d'étude à ce présent article, un enseignement occulte d'une grande conséquence. Pour en comprendre toute la richesse et la portée, encore faut-il parvenir à extraire la substantifique moelle que renferme une formulation d'une grande banalité apparente. Comme depuis le début des travaux dans l'académie d'Hermès Trismégiste, c'est l'exercice que je pratique sur tous les textes qui servent de support à mes articles, je pense que les lectrices et lecteurs, qui suivent le déroulement de ces travaux, seront de plus en plus familiers avec ce décryptage du langage de la Science Hermétique.

J'ai déjà eu l'occasion, lors de précédents articles, d'expliquer le ridicule d'une pensée qui s'enfermerait dans une histoire de l'humanité qui n'aurait que 10.000 ans d'âge. Cette humanité qui a un passé tellement plus lointain que le dogme d'une science académique ne l'admet, n'est pas non plus à considérer selon la vision extrêmement étriquée d'une évolution permanente selon le credo, là encore très académique, de Darwin ; faisant passer la maturation de cette humanité de la branche simiesque la plus velue à l'homme contemporain, perdant au passage ce fameux chaînon manquant qui rendrait crédible cette hypothèse fantasque, pour ne pas dire abracadabrantesque. Comme le confirme par ailleurs cet autre Enseignement magistral que sont les Tables de la Loi du Sépher de Moïse, dans cet admirable trope : ce qui sera, fut ! Pour qu'une chose puisse évoluer, il faut que le chemin de cette évolution existe préalablement à l'évolution de cette chose ; et cette chose qui a la capacité d'emprunter ce chemin évolutif, possède en elle les facultés sans lesquelles ce chemin d'évolution restait vierge de tous randonneurs. Ceci implique nécessairement qu'une chose qui évolue ne fait que retourner à ce qu'elle a pour destinée d'être, après avoir parcouru le chemin en sens inverse, celui de l'involution. Ce n'est donc pas le singe qui devient un homme, mais rigoureusement le contraire. Et ce qui est vrai pour l'individu, l'est tout autant pour les civilisations qu'il engendre par la multiplication de ses progénitures.

La Terre, depuis le début de son histoire connue des hommes, a eu de nombreux cycles (ères géologiques), dont chacun a porté sa faune et sa flore, qui ont pour l'essentiel brutalement et presque totalement disparues lors des cataclysmes qui marquent le changement de ces grands cycles. Il est plus que probable qu'à l'ère secondaire, les dinosaures ne sont pas partis d'un ancêtre commun, pour se diversifier en famille d'allosaures, d'amylosaures, d'ankylosaures, d'atlantosaures, de brachiosaures, de brontosaures, de diplodocus, d'iguanodons, d'ornithomimus, de protoceratops, de scélidosaures, de séismosaures, de stégosaures, de tricératops, de tyrannosaures et autres velociraptors. Cette faune, qui correspondait à la flore qui lui servait de nourriture, était celle qui reflétait le schéma d'évolution de notre planète en rapport avec le niveau vibratoire qui était le sien à cette époque, ainsi que celui des plans cosmiques auxquels elle fait partie intégrante ; le tout en harmonie avec les grands Recteurs qui assument la cohérence des cycles. Cette faune et cette flore, pour l'essentiel, ont donc vu leurs apparitions sur Terre selon ce schéma propre à ce cycle, et dans leur globalité. En vertu du principe de correspondance, qui a fait l'objet de la dernière étude du Kybalion, dans l'académie d'Hermès Trismégiste, ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui vaut pour les grands cycles géologiques, vaut aussi pour les cycles des civilisations humaines. Lorsqu'une grande civilisation disparaît, toujours à la suite d'un cataclysme ou géologique, ou climatique, ou politique, la nouvelle civilisation qui la remplace, parfois après une longue période de latence, possède les mêmes facultés permettant à cette civilisation de remonter à son zénith, après être passée par son nadir. Pour y parvenir, elle profitera des quelques éléments de Connaissance que des sages auront su garder précieusement à l'abri des destructeurs barbares et incultes, mais ces Connaissances ne seront que parcellaires et ne permettront que l'activation des facultés supérieures de cette nouvelle civilisation. Et c'est grâce à l'activation de ces facultés supérieures qu'elle pourra à nouveau recevoir des pensées abstraites et hautement développées qui sont conservées dans l'éternel Akasha, cette mémoire universelle qui conserve l'intégralité de la Connaissance à l'abri de ses destructeurs.

Le Maître Koot Hoomi nous explique dans ce présent extrait, que la pensée ne surgit pas spontanément dans un cerveau. Ceci rejoint ce que j'ai déjà expliqué dans la Véritable Histoire d'Adam et Eve enfin dévoilée, à savoir que nous ne sommes pas créateurs de pensées, mais uniquement récepteurs de ces pensées. Que ces pensées qui ont une âme qui leur est propre, comme l'a si justement fait remarquer Bulwer Lytton dans son roman Zanoni, sont des aspects de l'énergie source dont l'ensemble de ces pensées constitue l'océan primordial duquel tout est issu. Ces pensées sont les véritables Créations dans un univers Mental, elles possèdent chacune un niveau vibratoire qui leur permet de se regrouper selon des affinités proches et par sédimentation. Le cerveau d'un front bas, niveau vibratoire proche de la fossilisation, ne pourra pas recevoir les pensées abstraites d'un Archimède, et quand bien même il les recevrait, elles lui paraîtraient si saugrenues et absurdes à son entendement, qu'aussitôt qu'elles seraient perçues, aussitôt elles seraient oubliées. Dans cet admirable extrait en exergue de cette étude, Koot Hoomi nous révèle la continuité spirituelle qui persiste entre des esprits de même complexion, et ce, par delà les cycles de la sphère temporelle. Cette précieuse indication présentée avec une infinie et élégante subtilité, nous informe, pour peu que nous fassions l'effort d'en tirer les conséquences raisonnables, que nous ne sommes pas seuls et isolés sur cette île perdue au milieu de cet Océan cosmique ; complètement déconnectés de nos origines et des groupes auxquels nous sommes affiliés, - vision qui est hélas celle de l'être humain limité aux perceptions de ses cinq sens organiques -, mais que nous appartenons à un ensemble grandiose qui a naturellement ses prolongements au-delà du temps, de l'espace, et du visible, pour plonger ses ramifications dans une trame qui nous relie constamment à des plans supérieurs. Plans supérieurs dont nous ne sommes que le prolongement en état de manifestation dans la sphère organique.

Dans ce simple extrait, Koot Hoomi nous informe, ce qui est d'ailleurs le fondement des Enseignements orientaux, comme des Enseignements occultes et ésotériques occidentaux, que nous ne sommes pas seuls ; que nous appartenons à un grand schéma d'ensemble ; que le pouvoir de manifestation ne dépend pas de notre plan terrestre, mais de plans supérieurs ; que ces plans supérieurs suivent un schéma dont l'amplitude macrocosmique n'est en rien comparable aux perspectives d'une civilisation terrestre ; que des Consciences autrement plus développées que celles se trouvant en état d'incarnation sur cette planète, veillent et se mettent au service de la grande fraternité humaine ; que ce service ne s'impose pas, mais se reçoit lorsque la volonté d'un demandeur se manifeste, ce qui place ce service dans l'ordre de la Providence ; enfin, qu'il existe manifestement des moyens de communication entre ce plan terrestre et celui des plans supérieurs, à la condition que nous soyons capables d'activer les facultés et les fonctions qui en permettent la pratique.

Les arborescences luxuriantes qui germent sur ce terreau fertile sont si nombreuses, qu'il sera difficile d'en faire même sommairement le tour. Retenons, en liant avec ce que nous avons déjà traité dans les articles précédents, que l'existence de ces plans supérieurs, avec les Entités qui les habitent, implique que nous soyons capables de nous ouvrir à elles pour espérer en recevoir quelques pensées subtiles. Pour que cette ouverture soit possible, il faudra nécessairement que nous apprenions à distinguer les hiérarchies qui composent ces plans, afin que par identification, nous soyons capables de nous hisser au rang de chacune d'elles. Que la communication avec ces hiérarchies supérieures ne peut pas se faire sans l'activation volontaire de nos facultés supérieures, et s'il est difficile et long à un être humain à apprendre à communiquer uniquement avec ses semblables ici-bas, je vous laisse imaginer l'intense travail qu'il faut faire pour espérer parvenir à élever notre niveau vibratoire pour atteindre cette sphère subtile de communication spirituelle d'en-haut.

Pour l'instant, je ne fais que planter le décor, l'essentiel reste à venir, et parmi ce qui reste à venir il conviendra, en tirant les naturelles conséquences des acquis que nous apportent les enseignements que nous étudions, d'avancer dans la sophistication de nos recherches, de nos Connaissances et dans la justesse de nos pensées. Si nous ne sommes pas seuls dans l'univers, il va donc falloir que nous soyons capables d'identifier ces autres qui en plus sont à un niveau nettement plus évolué que le nôtre au point d'être responsables et serviteurs de notre fraternité encore si rustique et irresponsable. Il conviendra de sortir de nos visions étroites et anthropomorphiques qui nous condamnent à un nombrilisme égotique, atrophiant nos facultés supérieures. Nous devrons apprendre la juste mesure des choses, du temps et des desseins dont nous ne sommes que les utilisateurs infiniment maladroits. Il nous faudra aussi essayer de comprendre ce schéma grandiose qui s'harmonise obligatoirement avec les lois de la Divine Providence, ce qui n'est jamais le cas des schémas de nos petites civilisations tribales.

L'indication que nous donne Koot Hoomi, comporte implicitement que nous n'avons pas encore recouvré notre Mémoire, non pas celle organique et périssable, mais cette faculté supérieure qui a la propriété d'être impérissable. Cette Mémoire est celle qui nous fera reconnaître que si nous ne sommes pas seuls dans l'univers, nous ne sommes pas seuls dans le temps et l'espace, et que d'autres avant nous ont foulé de leurs pieds et surtout de leur intelligence, cette Terre Mère, qui nous offre son giron pour nous permettre d'assurer notre croissance, afin que par étapes successives, et selon une infinie patience qu'elle a à notre égard, nous puissions grandir à l'étape supérieure. Car s'il y a des Entités supérieures sur le plan astral, la Terre notre bienfaitrice en fait indiscutablement partie et a forcément son mot sacré à dire, pour peu que nous ne soyons pas ingrats au point de rester sourds à son enseignement si riche et si essentiel.

Nous ne sommes pas des créatures ne venant de rien et allant nulle part, voilà ce que nous dit le Maître dans ce court extrait. Si tel était le cas, la création serait une des plus grandes absurdités qui soient. Pour illustrer mon propos, je reprendrai une citation de Bulwe Lytton dans le roman précité :

"L’homme, qui est encore dans l’enfance de la science, pense que la création tout entière est faite pour lui. Pendant une longue suite de siècles, dans les étoiles sans nombre qui scintillent dans l’espace, comme les flots éblouissants et diamantés d’un océan sans rivage, il n’a vu que de mesquins flambeaux, des torches banales que la Providence a bien voulu allumer pour lui rendre la nuit plus agréable. L’astronomie a corrigé cette illusion de la vanité humaine: l’homme, aujourd’hui avoue à regret que les étoiles sont des mondes plus grands et plus glorieux que le sien, que la terre où il rampe est un point à peine visible sur la vaste carte de l’Univers; mais dans l’infiniment petit, comme dans l’infiniment grand, Dieu est également prodigue de vie."

Voilà le nouvel horizon que nous délimite le Maître Koot Hoomi, il demande que nous soyons capables d'ouvrir notre esprit à l'amplitude du voyage que nous offre cette perspective. Et surtout que nous devions être capables de nous préparer à cette randonnée céleste, car il serait périlleux de vouloir escalader l'Everest avec pour tout équipement, un short, des tongs et un marcel... Nous retrouvons tout ceci synthétisé dans cette autre citation de Jamblique :

"Il y a un principe de l’âme, supérieur à toute la nature, et par lequel nous pouvons nous élever au-dessus de l’ordre et des systèmes du monde. Quand l’âme s’élève jusqu’à des natures plus excellentes qu’elle-même, elle se sépare alors de toutes les natures subordonnées, échange cette vie pour une autre vie, et abandonne l’ordre des choses auquel elle est unie, pour s’attacher et se mêler à un autre."

J'espère que par ces quelques petits commentaires, j'ouvre les perceptions des lectrices et lecteurs, sur les richesses inouïes que nous délivre avec une simplicité et une élégance incomparables ce cher Koot Hoomi.


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mardi 4 mars 2008

Evangile Selon Saint Thomas.



Livre de l’Evangile Saint Thomas, Evangile selon Jésus, Loggion 5.

1 Jésus a dit :
2 Connais Celui qui est devant ton visage,
3 et ce qui t’est caché te sera dévoilé :
4 car il n’y a rien de caché qui ne se manifestera.

Ce loggion dans sa brutale simplicité et brièveté nous renvoie à l'immense responsabilité qui est la nôtre. Nous avons, dès l'origine, reçu l'intégralité de notre héritage, de ce Père qui est, selon la formule de certains Tibétains : CELUI DUQUEL ON NE PEUT RIEN DIRE. Cet héritage est forcément le même pour tous, et est constitué de tout ce qui est nécessaire pour que chacun puisse devenir la plus haute idée que ce Père se fait de lui. Dans cet héritage il y a aussi et surtout le libre arbitre qui nous laisse le choix permanent d'en faire selon notre bon vouloir, car lorsqu'un don d'Amour de cette importance et ayant cette origine sublime, est fait, il ne peut comporter la moindre obligation de réciprocité, qui serait parfaitement contraire au principe évoqué si justement dans le Corpus Hermeticum, de Celui qui se suffit à Lui-même.

Nous sommes libres de disposer de ce divin paquetage, et le principe de la Justice Absolue, veut que nous ayons, au départ, tous reçu les mêmes richesses, sans qu'il y ait la moindre inégalité de traitement ; car pour ce Père divin, tous ses enfants (créatures) sont égaux en droit d'Amour. Dans le cas contraire, cela signifierait qu'Il pourrait concevoir des choses plus imparfaites que d'autres constituant ainsi un paradoxe incompatible avec son statut de Vérité Immuable, quintessence de la perfection.

Alors, si certaines de ses créatures, s'estiment bien moins dotées que d'autres, elles ne doivent pas chercher à l'extérieur d'elles-mêmes d'où vient cette injustice, mais se dire qu'ayant été pourvues des mêmes richesses dès l'origine, les différences constatables ne proviennent que de la façon dont chacune utilise ou non ces richesses. Le libre arbitre est une nécessité qui découle de notre propre condition divine, car un roi qui ne serait pas libre de gouverner son propre royaume, n'aurait de roi que le nom. Tout comme un héritier ne pouvant pas disposer comme il l'entend de son héritage, pourrait légitimement considérer qu'il n'en a pas la pleine propriété et jouissance. Ici, certains pourraient se dire que le fait qu'il y ait des lois, constitue une indéniable entrave à la liberté... Ce à quoi je m'empresse de répondre qu'il ne peut pas y avoir de liberté sans lois. En effet, sans lois justes, la seule liberté qui existerait serait celle de la loi du plus fort, ce que nous pouvons constater dans la sphère du Destin, qui se préoccupe si peu de vraie justice, et encore moins de réelle liberté. Pour les lois de la Divine Providence, la Justice est nécessairement la clé, la tonalité universelle, ses lois étant donc parfaitement justes, elles sont donc les seules à définir la véritable liberté, qui n'est plus basée sur la loi du plus fort, mais sur celle de la plus grande Connaissance. Ceci nous renvoie encore une fois à cet axiome des Tablettes de Thoth qui dit : connaître les lois c'est être libre.

Cette plus grande Connaissance, est aussi la plus intelligente, et la plus universelle qui soit. Et si nous devons concevoir l'intelligence, non pas selon une perception épaisse, mais subtile, alors elle s'étage selon une échelle de degrés. Il n'y a donc pas des créatures intelligentes, et d'autres pas, mais des créatures plus ou moins intelligentes ; et plus cette intelligence est élevée, plus est élevé le sens des responsabilités, car une intelligence irresponsable est forcément de très faible amplitude. Donc, si le niveau de responsabilité élevé est concomitant avec celui de l'intelligence, alors le plus haut niveau de responsabilité qui soit, est nécessairement celui qui se préoccupe des autres... C'est pour cette raison que la liberté des lois de la Providence, n'est pas la liberté du plus fort, comme celle qui sévit dans la sphère du Destin, mais la liberté en rapport avec le niveau de responsabilité que la Conscience accepte d'assumer, sans pour autant se croire investie de la moindre autorité à pouvoir changer l'ordre souverain des choses, humilité oblige !

Nous remarquerons, dans cette brève analyse entre la liberté de la sphère du Destin, et celle des lois de la Divine Providence, que ce qui caractérise la première est la pratique du vice des passions, des désirs et des émotions, alors que ce qui caractérise la deuxième est nécessairement la pratique des vertus, dont la plus importante est celle de parvenir à l'harmonie d'une pensée juste en vertus. Et combien il faut de vertus pour que cette pensée soit en osmose avec le principe de Justice divine. Peut-on parvenir à cette tonalité qui harmonise notre conception de la justice, avec celle de la Divine Providence, sans passer par la Connaissance ?... La réponse à cette question est dans le paragraphe deux de ce loggion :

2 Connais Celui qui est devant ton visage... Mon visage est la limite extérieure de ce que je suis, et c'est donc à partir de cette limite extérieure que commence ce qui se différencie de moi, et moi de cet ensemble universel dans lequel je suis, et sans lequel je ne serais pas... Plus sera grande ma connaissance de cet ensemble extérieur à mon moi, plus mon espace de liberté sera grand et inversement. L'expression de mon libre arbitre, sera donc conditionnée par l'amplitude de mes connaissances, et rien d'autre. Et la Connaissance de celui qui est devant mon visage, est dans le sens le plus large qu'il soit possible de donner à cet horizon, n'est pas autre chose que celle du Divin Créateur que nous pouvons connaître au travers de son oeuvre, et autant qu'il nous est possible, selon la volonté qui sera la nôtre.

Ceci implique, que pour connaître nous soyons équipés des capacités et Facultés qui nous permettent de le faire, d'où le retour à la dotation initiale qui est l'héritage de chaque Conscience qui s'ouvre à la Connaissance. Et dans cette dotation se trouve entre autres facultés, celle qui justement permet l'exercice du libre arbitre et qui est la faculté volitive. Chacun est libre de vouloir ou non, et ne pas vouloir est encore l'expression d'une volonté. Les différences de richesses entre les individus d'une même espèce, ne viennent donc pas de la valeur originelle du patrimoine, mais uniquement de l'utilisation que chacun sera capable, selon son bon vouloir, d'en faire et rien d'autre. Nous sommes toujours les seuls artisans de nos malheurs ou de nos bonheurs, et uniquement les seuls !

3 et ce qui t’est caché te sera dévoilé... Encore un principe de cette Justice Absolue qui est celle de la Divine Providence. Ce qui est caché, doit être ici entendu par l'étendue de notre ignorance, et au fur et à mesure que progresse notre Connaissance, l'horizon de notre ignorance recule, nous dévoilant par là même, ce qu'il maintenait caché à notre entendement et notre faculté de discernement. D'abord, cela commence par la vision binoculaire organique, qui nous permet de voir ce qui se manifeste dans les champs du visible de la sphère temporelle ; puis vient l'activation de cette faculté supérieure qu'est la clairvoyance, celle-ci ne s'acquiert pas d'une façon instinctive et animalière, mais uniquement par l'élévation de nos Connaissances ; ainsi ce qui est invisible et voilé pour la vision organique, se révèle et se dévoile pour la vision spirituelle.

4 car il n’y a rien de caché qui ne se manifestera... Effectivement, rien n'est définitivement caché, mais pour dévoiler ce qui est dissimulé à notre entendement, la Loi de la Divine Providence, impose que nous activions sans cesse nos facultés supérieures, ceci est la base du principe même de notre perfectibilité. Nous restons constamment libres de chercher à dévoiler ce qui est caché, et dans les limites des efforts de Connaissance que nous sommes capables de fournir pour réaliser cette tâche. Tout comme nous sommes libres de n'en rien faire, avec pour corollaire la stagnation de nos facultés (richesses) au niveau de celui de notre volonté. La cohérence de cette Justice Divine est redoutable de rigueur, et implacable dans ses applications. Rien n'est donné qui ne soit préalablement mérité, et le mérite est toujours récompensé à la hauteur des efforts fournis.

Pour les nécessités du format de chaque étude de l'académie d'Hermès Trismégiste, format qui ne doit et ne peut pas être trop long, je ne fais qu'esquisser le contenu de chaque sujet, laissant aux lecteurs qui en ont le courage et la volonté, le soin de poursuivre par leur méditation, les développements que doit faire germer ce début de réflexion un peu ordonnée sur les extraits en exergues de chaque article. Néanmoins, concernant cet admirable loggion, qui comme les symboles de Pythagore, contient tant de choses enfermées dans un texte si simple et si concis, je voudrais attirer l'attention des lectrices et lecteurs sur la cohérence que je m'efforce de maintenir entre chaque article, et malgré la grande diversité des sujets traités. Cette cohérence devrait vous permettre de constater que les lois de la Divine Providence peuvent se décliner sous des aspects très différents en apparence, la cause qui les manifeste reste d'une analogie constante. Ainsi, dans ce sujet nous pouvons constater que le principe d'une pensée juste en Vertus, reste la règle d'or, tant pour comprendre la profondeur de son enseignement, que pour en pratiquer l'application. Il faut connaître cet autre, pour dévoiler les mystères cachés, mais la connaissance de cet autre, passe obligatoirement par notre propre connaissance, nos facultés, nos capacités, nos vices, nos vertus, nos talents et notre volonté de dépasser les limites étriquées que nous impose la forme dans laquelle nous sommes ; forme qui n'est que l'habit qui convient le mieux à notre état de développement.

Croire que ce qui est caché peut se manifester sans que nous l'ayons ardemment souhaité, est une idée qui paraîtra à beaucoup, j'ose l'espérer, parfaitement ridicule. Croire qu'il soit possible de dévoiler ce qui est caché en restant dans une sphère de connaissance étriquée, c'est avoir une pensée peu juste, et un sens de la pratique des vertus qui repose sur la paresse et la frivolité. Plus ce qui est caché à notre entendement, et uniquement à notre entendement, est porteur de richesses, plus celui qui manifeste le souhait de recevoir ces richesses devra s'élever à la dignité de ces richesses, tant dans son aspect qualitatif que quantitatif. Car si la Justice Divine repose sur le principe que chacun puisse recevoir selon ses mérites, il découle de ce principe que la Connaissance n'est pas un dû, mais une quête volontaire, et qu'il n'existe aucune formule scientifique, comme magique, qui permette de faire boire un âne qui n'a pas soif !


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lundi 3 mars 2008

Le livre de la Voie et de la Vertu.



Livre du Tao Tö King I, Lao Tseu - Cinq

Le ciel et la terre sont indifférents aux passions humaines.
Pour eux, les vivants ne sont que chiens de paille.
Éphémères.
Le Sage n’a pas d’affection.
Pour lui aussi, les hommes ne sont que chiens de paille.
Entre le ciel et la terre, l’espace est comme un soufflet de forge.
Il est vide mais pas épuisé.
Soit qu’il s’enfle, soit qu’il s’abaisse, il est toujours prêt à servir,
toujours inépuisable.
L’homme qui veut saisir l’espace n’étreint que le vide.
Mieux vaut se fondre dans ce vide, dans ce vide immense, dans ce vide merveilleux.
C’est le vide sublime, c’est le Tao.

Grande, immense leçon de lucidité, de clairvoyance et d'humilité que nous délivre Lao-Tseu dans cette cinquième sentence.

Le ciel et la terre sont indifférents aux passions humaines... J'ai déjà eu maintes fois l'occasion de dire, lors des précédents articles dans l'académie d'Hermès Trismégiste, combien les passions sont à considérer comme étant du domaine du vice et non de celui de la Vertu. Voilà qui est clairement dit dans le livre de la Voie et de la Vertu du vénérable Maître. Le ciel et la terre qui sont des puissances, je devrais dire pour être plus juste, des Entités spirituelles d'une tout autre élévation que l'humaine nature, qui se manifeste dans ses passions sordides et insignifiantes, ne peuvent accorder aucune attention ni aucune considération aux turpitudes frivoles et futiles de ces passions si proches de l'enfantillage

Pour eux, les vivants ne sont que chiens de paille... Éphémères... Non seulement ils sont éphémères, mais en même temps si peu vivant pendant le temps fugace de leur illusoire apparence qu'ils sont comparables, pour ces Entités Divines, à des chiens empaillés ; ce que nous devons entendre comme cette humanité terrestre qui se manifeste dans son aspect de la plus basse condition qu'il lui soit possible : celle de l'animalité. Les passions de cette animalité sont celles des cinq sens organiques qui s'expriment dans les désirs égotiques primaires et grossiers ; juste de quoi satisfaire la bête passionnelle le temps de son existence, sans qu'il n'en reste rien, après cette existence, qui soit digne d'intérêt d'un point de vue supérieur, celui qui justement dépasse les limites du périssable.

Le Sage n’a pas d’affection... j'ai souvent entendu et vu des commentaires, de la part des profanes ignorants, qui manifestaient une grande perplexité devant cette pourtant noble et sage affirmation. Elle a pour effet (cette affirmation) de dérouter, pour ne pas dire déstabiliser ceux qui fondent leur postulat intellectuel et/ou spirituel sur l'émotion. Nous retrouvons les adeptes de l'émotion dans cet immense courant qu'est le romantisme et qui a été pour l'humanité une des causes, pour ne pas dire la principale, des pires catastrophes qu'elle a été capable d'engendrer. L'angélisme benêt des adeptes du romantisme émotionnel, se retrouve parmi ceux qui ont été à l'origine de ces fameux lendemains qui chantent, et qui devaient faire qu'il n'y ait plus de damnés de la terre, après bien évidemment une terrible lutte finale... Conformément au principe de discernement qu'il convient de juger l'arbre à ses fruits, l'homme à son parcours et une idéologie à son histoire ; celle du romantisme des lendemains qui chantent, n'a donné que les fruits amers de la misère généralisée, du goulag et de la terreur de la dictature populaire, qui n'est que l'alignement sur le plus petit dénominateur commun : celui de la médiocrité... Dans un même ordre d'idée, nous retrouvons les romantiques, dans ceux qui prétendaient détenir les lumières de la civilisation, qu'il convenait d'apporter aux peuples barbares, sauvages et incultes, par la force si nécessaire d'une colonisation, et elle fut toujours nécessaire... Nous retrouvons encore le même romantisme émotionnel et passionnel chez ceux, pour l'amour d'une certaine idée de ce qu'ils se font d'un dieu, sont prêts à mourir pour lui, mais se traduisant surtout dans la réalité par le fait qu'ils sont surtout prêts à faire mourir ceux qui n'ont pas « l'intelligence » de partager leurs croyances sectaires et intolérantes. Car c'est aussi là, les marques indélébiles de la passion et de l'émotion des romantiques, elles sont sectaires et intolérantes, sous l'aspect d'un angélisme bonasse et rarement vertueux.

Lorsque Lao-Tseu nous enseigne que le sage n'a pas d'affection ; après avoir fait état des passions humaines, il entend nous faire comprendre les méfaits de l'émotion, de l'émotivité et des sensibleries qui sont autant d'aveuglement pour celui qui cherche la Vérité au travers d'une pensée juste en Vertus. L'émotion, la passion, le désir, lorsqu'ils sont livrés à eux-mêmes, ne sont que des voies de perdition, des asservissements et des dominations de la part des puissances vicieuses qui n'attendent que la faiblesse de celui qui succombe à ces travers, pour mieux l'enchaîner à leur dépendance... Le sage n'a pas d'affection, car s'il venait à dire qu'il aime ceci ou cela, il rendrait sa pensée automatiquement hétérogène et discriminante, puisque selon le principe qui veut que ce que l'on dit, dit aussi ce que l'on ne dit pas, il manifesterait implicitement une détestation pour ce qui n'entre pas dans la catégorie de ce qu'il aime. La pensée la plus universelle, à laquelle il soit possible à la nature humaine d'accéder, est celle qui veut que Tout soit Vrai, et que rien de ce qui existe n'est étranger au Divin Créateur, partant de ces postulats irréductibles, tout est à considérer, comme le disent les théosophes Tibétains, comme étant des fils de la nécessité.

Pour lui aussi, les hommes ne sont que chiens de paille... En cela, et Lao-Tseu est ici d'une redoutable précision dans ses analogies, il est indiqué que le sage en partageant les mêmes pensées justes en Vertus que les Entités divines supérieures, s'est élevé au point de pouvoir s'identifier à elles... Je souligne encore une fois ce pouvoir d'identification, que j'ai eu l'occasion d'évoquer lors de précédents articles... Comprenne qui pourra !

Entre le ciel et la terre, l’espace est comme un soufflet de forge. Il est vide, mais pas épuisé... Dans cette belle formulation, le Maître nous fait entendre qu'il y a des aspects visibles, et des aspects invisibles et que ces derniers comblent le vide qu'il y a dans l'espace séparant deux choses visibles. De ce vide apparent, pour ceux qui n'ont pas d'autre facultés pour le voir, il est possible de puiser une infinité de choses ; comme le révèle la suite de cette sentence.

Soit qu’il s’enfle, soit qu’il s’abaisse, il est toujours prêt à servir, toujours inépuisable... Soit qu'il s'enfle, c'est-à-dire soit qu'il évolue vers le subtil, soit qu'il s'abaisse dans l'épais, la source énergétique qui est à l'origine des choses est toujours inépuisable, car cette énergie est infinie et immortelle, (inépuisable).

L’homme qui veut saisir l’espace n’étreint que le vide... L'homme dont il est ici question est celui qui est classé dans la catégorie des chiens de paille, éphémère, futile, dérisoire et aux facultés uniquement organiques, d'avec lesquelles il ne peut espérer saisir le monde subtil de l'invisible plan Mental, déjà largement évoqué dans le sujet sur le Kybalion.

Mieux vaut se fondre dans ce vide, dans ce vide immense, dans ce vide merveilleux. C’est le vide sublime, c’est le Tao... Ce Tao, cette énergie inépuisable qui est à l'origine du vide, et qu'il convient de ne pas confondre avec le néant, est l'étendue infinie dans laquelle se trouvent en contingence d'être, les puissances invisibles supérieures. L'être humain ne peut pas, par ses moyens organiques, saisir l'espace de ce monde invisible autrement qu'avec des facultés qui ne peuvent saisir que l'épais. Seules ses fonctions subtiles supérieures peuvent lui permettre non pas de se saisir du subtil, mais de se fondre dans lui pour devenir comme lui, et ceci nous renvoie encore une fois à ce mystérieux pouvoir d'identification. La différence entre le sage et l'homme chien de paille, n'est pas dans l'apparence de ce qu'il manifeste, mais bien davantage dans ce à quoi il parvient à s'identifier. Entre un Roi et un gueux, le patrimoine physique est sensiblement de même valeur, ce qui fait de l'un le supérieur de l'autre, réside essentiellement dans les différences culturelles et cultuelles qui permettent à chacun de pouvoir s'identifier à ce qui lui correspond le mieux spirituellement. Nous ne sommes rien d'autre que des chiens de paille, tant que nous ne sommes pas capables de franchir les limites de notre prison égotique, celle qui est constituée des solides barreaux de nos passions, désirs et émotions. Pour être autre chose que ces chiens de paille, il faut donc être capables de s'identifier à des puissances autrement supérieures en subtilité, durée et dimension afin de parvenir à franchir les limites des passions humaines pour atteindre dans un premier temps l'état du sage. Il découle naturellement de ce constat, que nous ne sommes rien, ou pas grand chose, tant que nous ne sommes pas parvenus à nous insérer dans ce Tout Grandiose, que Lao-Tseu appelle le Tao.

C’est le vide sublime, c’est le Tao... Ce Tao est donc ce vide sublime qui contient Tout sans être rien de ce qu'il contient, ce qui correspond, de là où je me tiens, à ce Divin Créateur Immuable Vérité Absolue. La mission du sage est donc de parvenir à être quelque chose qui s'intègre (s'identifie) dans ce Grand Tout, sachant qu'il n'est pas ce Grand Tout.

Ceci rejoint ma petite formule qui dit : Dieu est moi, et je ne suis pas Dieu.

Enfin, pour conclure cet article sur cette sentence du Vénérable Maître Lao-Tseu, je voudrais signaler que malgré ses 2.500 ans d'âge, l'enseignement du Tao Tö King, est d'une ardente actualité et n'a pas pris la moindre ride, preuve qu'il a acquis cette part d'intemporalité qui revient à tout ce qui s'approche le plus de l'Universel... En cela réside la principale propriété d'une pensée juste en Vertus. Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent !


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vendredi 29 février 2008

Dom Antoine-Joseph Pernety



Si l'on se demande si la Philosophie Hermétique est une science, un art, ou un pur être de raison? Le préjugé tient pour ce dernier ; mais le préjugé ne fait pas preuve. Le Lecteur sans prévention se décidera après la lecture réfléchie de ce Traité, comme bon lui semblera. On peut sans honte risquer de se tromper avec tant de savants, qui dans tous les temps ont combattu ce préjugé. N’aurait-on pas plus à rougir de combattre avec mépris la Philosophie Hermétique sans la connaître, que d’en admettre la possibilité si bien fondée sur la raison, et même l’existence sur les preuves rapportées par un si grand nombre d’Auteurs, dont la bonne foi n’est pas suspecte ? Au moins ne peut-on raisonnablement contester que l’idée d’une médecine universelle, et celle de la transmutation des métaux, n’aient été assez flatteuses pour échauffer l’imagination d’un homme, et lui faire enfanter des fables pour expliquer ce qu’il en pensait. Orphée, Homère, et les plus anciens Auteurs parlent d’une médecine qui guérit tous les maux ; ils en font mention d’une manière si positive, qu’ils ne laissent aucun doute sur son existence. Cette idée s’est perpétuée jusqu’à nous : les circonstances des fables se combinent, s’ajustent avec les couleurs, et les opérations dont parlent les Philosophes, s’expliquent même par-là d’une manière plus vraisemblable que dans aucun autre système : quexigera-t-on de plus ? Sans doute une démonstration ; c’est aux Philosophes Hermétiques à prendre ce moyen de convaincre les incrédules ; et je ne le suis pas.

Dans ce long préambule en introduction à ses Fables Égyptiennes et Grecques, Dom Antoine-Joseph Pernety s'efforce de sensibiliser le lecteur aux nécessités d'en faire une lecture selon le langage propre à la Science Hermétique, celui de l'analogie. Après avoir expliqué les fondements de cette Science si subtile, comme le symbolise la Table d'Émeraude, il tente dans cet extrait final à son introduction, de faire entendre à son lecteur que les préjugés avec lesquels il aborderait cette Science, ne lui permettraient pas d'aller bien plus loin que ce préambule.

La Philosophie Hermétique est-elle une science, un art ou un être de raison ?... Si je devais répondre à cette question, je dirais qu'elle est les trois sans exception. Elle est la Science la plus universelle qui soit, puisque c'est celle dont la première et unique préoccupation est de se mettre en harmonie avec les lois de la Divine Création. C'est un Art, tant elle réclame de talents, de subtilités, de savoir-faire, de savoir être, et de maîtrise de la part de son officiant. C'est aussi un être pur de raison, celle justement qui se nourrit des énergies que lui procure la Foi que l'intuition transmet à l'intellect, pour élever son discernement vers cette Raison Absolue qui est la cohérence et l'harmonie de l'univers.

J'ai eu l'occasion d'expliquer, lors d'un précédent article dans l'académie d'Hermès Trismégiste, que l'Alchimie, cet Art Divin, qui est la science appliquée de la Science Hermétique, est essentiellement basée sur le fait que l'énergie originelle, dont la particularité est d'être constante dans son totum, est aussi protéiforme et se transmute sans cesse en une chose et en une autre, selon des règles préalablement établies. Cette Alchimie est la base même de la science matérialiste qu'est la chimie, qui ne se préoccupe plus tellement de cette ultime Prima Materia, mais des substances qui se manifestent dans la sphère organique, pour tenter de transformer les matières viles, en matières plus ou moins nobles selon les critères que l'esprit scientifique s'en fait, en conformité avec la morale de la civilisation à laquelle il appartient.

La science terrestre a révélé à l'intellect humain qu'il existait un espace quantique, état de la matière qui n'est en réalité composé que d'informations. Cet espace, comme l'a mis en évidence Heinsenberg, est suffisamment subtil pour être influencé par l'observateur, ce qui a le pouvoir d'en modifier les caractéristiques au point de ne plus permettre à cet observateur d'avoir une certitude sur ce qu'il observe au sein de cet espace. Il est tout aussi amusant de constater que le principe de correspondance, dont nous avons vu lors de précédents articles, qu'il s'agissait d'un Principe universel de grande conséquence, a servi à Niels Bohr pour établir son principe de correspondance entre les équations quantiques et les équations classiques. Le principe de correspondance de Bohr stipule qu’à la limite des grands nombres quantiques caractérisant les systèmes atomiques on doit retrouver les formules de la physique classique. Ce principe a permis en particulier de connecter les formules donnant les intensités du rayonnement des atomes quantiques avec les formules classiques. Il a donc guidé les théoriciens vers l’interprétation des équations quantiques en les connectant vers leurs limites classiques. Plus généralement, le principe de correspondance en mécanique quantique donne des règles pour construire des équations quantiques à partir d'équations classiques. Quelle plus belle application de la Science Hermétique, dont il s'agit là, et qui est si subtilement résumée dans la célèbre formule de la Table d'Emeraude : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut.

Toute la subtilité de Dom Pernety, réside dans le judicieux parallèle qu'il tente d'établir entre les perceptions d'un intellect raisonneur, et celles d'une Conscience qui s'ouvre sur les mystères insondables de la Divine Création. D'autres avant nous, sont parvenus et ont atteint un niveau de développement spirituel qui les ont rapprochés de l'universel. Pour nous transmettre leurs connaissances, dont certaines ne sont pas encore accessibles à l'intellect d'une mentalité qui se croit pourtant si moderne, ils ont dû tenir compte de nos faiblesses et incapacités à les recevoir dans leur sophistication extrême. Que ferions-nous, si instruit des cycles de la sphère temporelle, nous étions parfaitement au fait que notre civilisation va prochainement disparaître, probablement à la suite de ce que l'histoire a retenue comme un cataclysme ou un «déluge », et que nous ambitionnions de faire en sorte que des parties de nos connaissances redeviennent un jour accessibles aux générations futures, lorsqu'elles auront retrouvé, après un long intermède obscur, l'usage de leurs facultés supérieures? Il ne servirait pas à grand-chose de tout réunir à l'intérieur de mémoires d'ordinateurs, de CD pour lecteur laser, et autres technologies directement dépendantes d'une source d'énergie électrique qui ne sera même plus disponible... Il faudra probablement envisager, avec la sagesse et le discernement que procure une vision juste et lointaine de l'évolution des choses, l'utilisation de hiéroglyphes dont le contenu sera d'abord accessible par le sens le plus parlant, pour espérer parvenir à éveiller chez celui qui le perçoit, le sens signifiant, dans le dessein de permettre par l'activation de ses facultés supérieures, d'accéder à la révélation du sens Cachant dans lequel sera concentrée l'essence de cette connaissance à transmettre.

Le contenu de cette connaissance, n'étant plus accessible directement à l'intellect de ces futurs lecteurs, il faudra donc qu'il leur raconte d'abord une histoire, tout en étant énigmatique, soit pour autant évocatrice et pouvant servir de levain à l'intelligence qui la perçoit. C'est là l'origine des contes et des légendes qui nous sont parvenus et dont pour certains, nous n'avons toujours pas décrypté le véritable sens Cachant, celui qui n'est accessible qu'au langage analogique, et par les structures de pensées de la Science Hermétique. L'exemple des Tables de la Loi du Sépher de Moïse, permet d'illustrer la justesse de mon propos.

L'immense travail de décryptage qu'a effectué Dom Pernety, au travers de ses Fables Egyptiennes et Grecques, ne peut pas se comprendre par une simple lecture superficielle et par un intellect uniquement raisonneur. Ce travail révèle une dimension supérieure, que seule la méditation peut éprouver dans son amplitude grandiose. Le travail de décryptage a été colossal, il a nécessité des Connaissances réelles et une érudition ésotérique incontestables, sans lesquelles il n'aurait pas produit cette qualité de résultats. Croire qu'il peut se transmettre sans qu'il y ait de la part du lecteur, une même harmonisation de l'effort, c'est se condamner à rester uniquement sur le plan du sens Parlant, voilà pourquoi, ce cher Dom Pernety prend tant de soin à mettre son lecteur dans les bonnes conditions, par ce préambule d'une grande générosité.


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